Présentation

Même si l'Antiquité romaine fut une période rude et souvent implacable pour beaucoup d'êtres humains, nous ne pouvons nier que dans de nombreux domaines la civilisation romaine fut innovante et même fascinante. Si Rome a conquis nos terres à la force du glaive pour imposer ensuite son pouvoir sous la férule des légions et de son administration centralisée, elle nous a aussi légué sa culture et, pour ce qui nous intéresse dans ce blog, son savoir-faire en matière d'urbanisme, d'architecture et de construction. C'est précisément ce domaine des habitations romaines typiques des campagnes, les villae, que je vous invite à découvrir ensemble.

mardi 24 mars 2020

La plus grande villa romaine des Pays-Bas

Voerendaal est un endroit spécial. Grâce à la célèbre villa romaine, mais aussi grâce à la longue histoire des recherches: le site a été fouillé pas moins de quatre fois.


La villa romaine, dessin de Mikko Kriek


En 1891, les premiers murs d'une villa ont été découverts le long du Steinweg. L'archiviste du Limbourg Joseph Habets a été rapidement appelé. Avec la famille Van Oppen, propriétaire du terrain, il a fait des plans pour fouiller les restes. Une fois commencés, les bâtiments se sont révélés beaucoup plus grands que prévu. Dans une lettre, Habets parle même de «l'excavation la plus étendue jamais réalisée» aux Pays-Bas. Il a suivi les fondations des murs en perçant le sol avec une épingle en fer. Ensuite, les murs pourraient être creusés librement avec la pelle. Un travail difficile, pour lequel des travailleurs étaient employés. On dit que ces hommes recevaient 1 florin par jour.
Habets a frappé à la porte du gouvernement national pour tout payer. Il a reçu 250 florins. Un an plus tard, il a demandé 350 autres florins. Comme Habets est décédé cet été là, l'enquête a pris fin.

Le directeur Willem Pleyte du Rijksmuseum van Oudheden à Leiden a visité les fouilles dès 1892. Cependant, le musée n'a pris aucune mesure avant 1929. Le directeur Holwerda et l'archiviste limbourgeois Goossens ont fait fouiller le complexe de villas. Encore une fois, l'enquête s'est terminée prématurément, cette fois en raison d'un conflit avec le locataire.
Le musée revient vingt ans plus tard. Entre 1947 et 1950, Willem Braat a fouillé la partie la plus monumentale de la villa romaine à travers une série de tranchées étroites. Les bâtiments ont ensuite été reconstruits en reliant les sections de murs découvertes. Là aussi, beaucoup de fouilles ont été engagées, notamment autour des bains publics de la villa. Braat travaillait avec d'anciens chômeurs du service de l'emploi, parfois seize ans à la fois.

Après les recherches de Braat, le bâtiment principal de la villa a été protégé en tant que monument national. Afin d'éviter que d'autres données ne soient perdues, il a été prévu de creuser davantage dans les années 1980. Dans une enquête à grande échelle menée entre 1984 et 1987, sous la direction de Willem Willems, de larges puits de travail contigus ont été creusés avec une excavatrice et parfois approfondis six fois. De cette façon, toutes les traces de différentes phases ont pu être enregistrées: travaux de mur, mais aussi fossés, fosses et fosses de pieux. Malheureusement, cette étude n'a jamais été publiée.
Par conséquent, l'histoire n'est pas encore terminée. Aujourd'hui, après plus d'un siècle de fouilles, une équipe de spécialistes pour le compte du musée des Limbourg travaille sur le dernier chapitre depuis trois ans. Pour que l'histoire complète de la villa romaine spéciale de Voerendaal-Ten Hove puisse enfin être racontée.



La Dame de Voerendaal était probablement une riche propriétaire de villa. Sa tête, trouvée en 1917, mesure environ 50 cm de haut et est sculptée dans du grès Nivelstein, une pierre régionale de la vallée de Worm.
La tête faisait probablement partie d'un monument monumental sur la route romaine de Cologne à Boulogne-sur-Mer, maintenant connue sous le nom de Via Belgica. Ses boucles, ses tresses chignons et son bandeau révèlent que la Dame de Voerendaal a vécu au milieu du deuxième siècle. Cette coiffure était à la mode à l'époque: Sabina, l'épouse de l'empereur Hadrien, avait également une telle coiffure.

Mars 2020
Ph. Laval

lundi 13 janvier 2020

Les matériaux de construction dans la villa (1)

Il est faux de croire que l'habitat en bois et torchis des peuples celtes était inconfortable et précaire. Ces habitations traditionnelles étaient très bien adaptées au climat de nos régions et les ressources en bois pour leur construction étaient inépuisables.
Néanmoins, la villa romaine, bâtie « en dur », constitue sans aucun doute une avancée technologique considérable.
Le premier avantage de la construction romaine est certainement sa pérennité. La maçonnerie est forcément plus solide que le bois et elle résiste mieux à l'usure du temps et aux intempéries. Bon nombre d'habitations romaines nous ont d'ailleurs légué quelques beaux vestiges de murs toujours debout, alors que même les poteaux massifs en bois des chaumières gauloises ont disparu depuis fort longtemps.

Je vous propose donc de découvrir les différents matériaux qui étaient utilisés dans la construction des villas, en commençant par la toiture.

La couverture :

Si l'ardoise et la pierre furent parfois utilisées en couverture, le matériau typique des toitures des villas romaines était bien évidemment la tuile en terre cuite qui conférait aux habitations une allure méditerranéenne.
Cette toiture était composée de tegulae (sg. tegula) et d'imbrices (sg. imbrex).
La tegula est une tuile plate à rebords latéraux qui se posait à même la charpente. Elle mesurait plus ou moins 35 cm sur 45 cm avec une épaisseur de 3 ou 4 cm et avait une forme légèrement trapézoïdale pour permettre l'emboitement des tegulae les unes aux autres (voir dessin). Elle pesait plus ou moins 7 kg.
Pour assurer l'étanchéité des joints, des imbrices recouvraient le faîtage, ainsi que les bords latéraux des tegulae Ces tuiles de forme semi-circulaire avaient une extrémité plus étroite que l'autre pour qu'elles puissent également s'emboiter les unes aux autres. Ces tuiles, appelées aujourd'hui « tuiles canal », sont toujours utilisées dans la plupart des pays méditerranéens.
Enfin, des antéfixes étaient placés à la base du toit, fixé dans la dernière imbrex avec du mortier, pour maintenir en partie la couverture et fermer la dernière imbrex. Les antéfixes étaient souvent décorés de motifs végétaux ou figutatifs.

Représentation d'une partie de toiture



a) Tegula
b) Imbrex
c) antéfixe

La charpente :

La toiture, qu'elle soit de tuiles ou d'ardoises, était supportée par une charpente en bois. Ces charpentes ont évidemment disparu depuis longtemps, mais on peut imaginer qu'elles devaient être très massives, car le poids de la couverture devait avoisiner les 70 kg au m2 en moyenne pour un toit en tuiles.
La pente du toit ne devait pas excéder 25° d'angle, pour assurer la stabilité de l'ensemble de la couverture et éviter le glissement des tuiles.

Les murs :

Les murs extérieurs et les murs porteurs intérieurs étaient maçonnés en pierres et parfois en briques de terre cuite en alternance avec des moellons de pierre. Les pierres étaient le plus souvent équarries et le tout maçonné au mortier de chaux. La pierre provenait la plupart du temps de carrières situées dans la région même de l'habitat. Cependant, quand le marbre était utilisé, il pouvait être importé de très loin. Tout dépendait de la richesse du propriétaire et de ses désirs. Les briques et tuiles en terre cuite étaient façonnées sur place ou provenaient d'ateliers de tuiliers de la région. De nombreuses estampilles de tuiliers ont été découvertes sur des tuiles et des briques lors de fouilles archéologiques.

Le mortier romain était réputé pour ses propriétés techniques incomparables. Ce mortier, appelé « mortier de tuileau » était un mélange de sable, de petits graviers, de chaux, d'eau et de tuileau. Le tuileau est une poudre obtenue par le broyage de briques ou de tuiles en terre cuite. Le liant obtenu d'une couleur rosâtre était très résistant tout en étant élastique. Il a permit la construction d'édifices remarquables comportant des voûtes et des arcs en plein cintre. De part ses propriétés d'hydraulicité, il était aussi utilisé dans les constructions hydrauliques, (thermes, ponts, etc.).

Il y avait plusieurs façons d'ériger un mur. On parle dans l'Antiquité romaine d'Opus (appareillage) :

  • L'opus incertum, dont les pierres taillées sont maçonnées de façon irrégulière sans assise.
  • L'opus reticulatum où les pierres sont identiques et carrées. Leur appareillage forme un damier harmonieux en lignes diagonales. Cet appareil est plus souvent utilisé pour les murs de parement.
  • L'opus quasi reticulatum dans lequel les pierres sont posées en damier diagonal irrégulier.
  • L'opus mixtum où plusieurs assises de moellons de pierres alternent avec plusieurs couches de briques plates.
  • L'opus vittatum est utilisé pour les murs de parement faits de petits moellons rectangulaires en pierre, disposés en assises régulières alternées.
  • L'opus latericium fait entièrement de briques en terre crue, ou testaceum fait de briques en terre cuite.
  • L'opus sectile est un assemblage de carreaux de marbres qui ressemble à la mosaïque

Exemple d'un mur en opus mixtum




Les murs épais étaient fait de deux beaux parements entre lesquels on remplissait l'espace vide de mortier, de pierres et de briques du tout-venant.
Voici ce qu'écrivait Vitruve :

« Il est une troisième manière, que l'on appelle ἔμπλεκτον, dont se servent nos villageois. Les pierres qui forment les parements sont unies. On remplit le milieu avec du mortier, dans lequel on jette pêle-mêle des pierres, sans autre liaison que celle que leur donne le hasard. Mais nos maçons, pour accélérer leur travail, font des assises composées de plusieurs pierres superposées, et n'ont égard qu'aux parements, dont ils garnissent l'intérieur avec des fragments de moellons qu'ils mêlent avec le mortier. Aussi y a-t-il dans cette espèce de maçonnerie trois couches de mortier, deux pour l'enduit des parements, et la troisième au milieu pour le blocage. »

(Vitruve : De l'architecture. Tome premier / trad. nouvelle par M. Ch.-L. Maufras, C. L. F. Panckoucke, 1847)

Quant aux cloisons intérieures, elles pouvaient être faites de torchis sur lesquels étaient ensuite appliqué un enduit peint.
Alors que les murs extérieurs en pierres étaient le plus souvent revêtus d'un crépi, on appliquait un enduit sur les murs intérieurs.
Pour une décoration plus sophistiquée, on faisait appel à des artisans itinérants spécialisés dans la pose de mosaïques ou dans la réalisation de fresques et de décors peints.
On a retrouvé des traces d'enduits peints, même dans les villas les plus rustiques du nord de la Gaule !
Les rares découvertes de fragments de verre à vitre confirment que ce matériau était utilisé pour obturer les ouvertures de fenêtres. Il est aussi possible que de fines peaux de bêtes, plus ou moins transparentes, étaient utilisées pour fermer certaines ouvertures. Enfin, quelques bas-reliefs nous montrent que de lourdes tentures étaient utilisées pour fermer certaines pièces de l'habitat.

Bas-relief du Musée d'Arlon avec toiture en ardoise et une tenture




Janvier 2020
Ph. Laval

jeudi 5 décembre 2019

La villa gallo-romaine du Palat à Saint-Emilion

Certains aiment la dire d’Ausone. C’est le cas depuis le XVIe siècle où le château qui surplombait le site prit le nom du poète. Serait-ce donc le fameux Lucaniacum près de Condate ? D’autres le nient vigoureusement. La vérité est certainement dans un doute raisonnable.

Pour autant, dans la vallée du ruisseau de Fongaban, au pied de la falaise de Saint-Émilion, se trouvait aux IVe et Ve siècles de notre ère, la riche demeure d’un notable. La tradition ne s’y trompe pas : depuis le XIIIe siècle, on évoque le Palat. Ce nom, original pour un moulin, est celui du lieu-dit et le palais qu’il désigne est cette villa.


Fig. 1 La villa du Palat, restitution par Jean-Claude Golvin


Bien que Jouannet évoque dès 1820 différents éléments gallo-romains à Saint-Émilion, le site archéologique du Palat n’est guère connu que depuis 1936 et la synthèse proposée par Ch. Ouy-Vernazobres. Mais en 1969, à la faveur de travaux, le comte Léo de Malet le redécouvrit. Marc Gauthier (DAHA[1]) y mena des fouilles jusqu’en 1971, puis Catherine Balmelle (CNRS) de 1981 à 1988 ; en 1991, une prospection au géoradar compléta les données. Depuis 2013, Catherine Petit-Aupert (Université Bordeaux-Montaigne) a mené de patientes prospections au sol, comme dans une bonne partie de Saint-Émilion et des communes alentour, replaçant les vestiges dans leur environnement archéologique. Sous sa direction, Sylvie Soulas a repris l’étude du mobilier recueilli lors des fouilles. En 2014, Xavier Charpentier (SRA) a mené des sondages pour vérifier la bonne conservation des vestiges. En 2017, avant la plantation d’une vigne à l’est, un diagnostic préventif a été réalisé, sur demande volontaire de la SCI La Gaffelière et prescription du SRA, par Christine Etrich (INRAP). Enfin en 2018, un peu à l’ouest, les découvertes faites lors de la réalisation d’un drain ont entraîné des relevés et des prospections géophysiques. Approches multiples et multiples acteurs qui n’épuisent nullement le potentiel de ce site remarquable, mais contribuent tous à sa connaissance.

Ce n’est pas un hasard si les actions se sont multipliées ces dernières années. L’« Association pour la sauvegarde de la villa gallo-romaine du Palat à Saint-Émilion » avait été créée dès 1987, ayant pour objectifs la sauvegarde et la mise en valeur du site. Elle a repris vie en 2013, à l’initiative de Bérangère de Malet-Petges, avec les mêmes buts, sous le nom de « Cépages et tesselles, la villa gallo-romaine du Palat à Saint-Émilion », et s’est dotée d’un comité scientifique.


Fig. 2 Plan de la villa (C. Balmelle, Les demeures aristocratiques d'Aquitaine,
Ausonius/Aquitania, 2001, p. 452)


Le site est niché au creux d’un vallon, au débouché du ruisseau de Fongaban sur la plaine alluviale de la Dordogne, dans une topologie peu fréquente. À la base de la séquence archéologique, des traces ténues du second âge du fer ont été observées dans les vases déposées au fond du lit originel du ruisseau. Ce terrain humide a été assaini par un remblai de blocs calcaires irréguliers avant une première installation antique encore mal cernée. Si le site est occupé jusqu’au VIIIe ou IXe siècle et n’est réinvesti qu’au XIIIe siècle, l’essentiel des vestiges connus appartiennent à la partie résidentielle d’une villa de l’antiquité́ tardive et correspondent à sa façade d’apparat (fig. 1).


Fig. 3 Le bassin aux poissons


Un jardin d’agrément et un grand bassin ornemental, de soixante mètres de long sur sept de large, précèdent une galerie péristyle qui s’étend sur quatre-vingt-dix mètres (fig. 2). En son centre, elle donne accès à une vaste salle de réception, qui possède un bassin alimenté par des canalisations en plomb. Y dansent, sous un jet d’eau, les poissons bleus de la mosaïque (fig. 3). De part et d’autre de cette salle se trouvent différentes installations domestiques et en particulier, au sud, une pièce à deux alcôves symétriques, où l’on verrait bien la chambre du maître de maison. Sur le sol mosaïqué, s’épanouissent des rinceaux de vigne qui jaillissent d’un cratère (fig. 4). On imagine volontiers une évocation de l’origine de la fortune du propriétaire ; mais l’actualité de ces connotations ne peut qu’appeler à la prudence.

Ce plan est original en Aquitaine. D’une part, il s’échelonne sur plusieurs niveaux en bas de la pente du coteau. D’autre part, il s’organise de façon axiale et symétrique, avec une galerie de façade et des ailes en retour, apparemment assez courtes. Ce n’est que dans les vallées du Rhin et de la Moselle qu’on en trouve quelques bons parallèles.


Fig. 4 Mosaïque de la chambre aux deux alcôves, avec des pampres de vigne stylisés


Des fragments de marbres, de peintures, de stucs recueillis en fouille, un chapiteau heureusement épargné (fig. 5) révèlent que la villa eut une riche décoration intérieure. Mais les exceptionnelles abondance et qualité des décors mosaïqués en sont le meilleur témoin : pas moins de 210 m² en sont conservés. Ils sont homogènes, solidaires des maçonneries, en bonne correspondance avec un mobilier qui reste cependant assez rare. L’ensemble est, en conséquence, estimé de la fin du IVe ou du Ve siècle.

Lors de la première campagne de fouilles, deux mosaïques ont été déposées et restaurées. L’une d’elles se trouve dans le salon de dégustation du château La Gaffelière. L’autre est trop grande et n’a trouvé logement que dans un garage – pour le moment…

Auprès d’un autre moulin de la même vallée du Fongaban et de l’église mal connue de Saint-Georges – où l’on aurait observé des sarcophages du haut Moyen Âge –, 100 à 150 mètres à l’est du Palat, des découvertes faites à la fin du XIXe siècle, synthétisées dans les années 1930, sont par hypothèse mises en relation avec cette résidence. On aimerait y voir les installations rurales du domaine ; s’y trouveraient, en particulier, deux bassins à cupule, carrelés de terre cuite, d’un type que l’on relie ordinairement aux installations vinicoles. Mais, à défaut d’une enquête récente sur les lieux, on manque de certitude sur les observations elles-mêmes et, pire encore, on ne dispose d’aucun élément de chronologie. Des structures du même genre ont été observées en plusieurs endroits, par exemple, non loin au bourg de Sainte-Colombe.


Fig. 5 Chapiteau retrouvé en fouille


Dans le contexte saint-émilionnais, de tels vestiges techniques sont particulièrement parlants. Mais sont plus évocateurs encore, par leur esthétique et par l’opulence de leur environnement, les pampres enroulés de la mosaïque. C’est la vie dans l’Antiquité, et singulièrement dans cette belle villa dont la richesse pourrait être d’origine viticole, que voudrait mettre en évidence « Cépages et tesselles ».

Le site vient d’être inscrit sur la liste complémentaire des Monuments historiques. L’élaboration d’un projet de valorisation avance pas à pas. Le site internet www.villadupalat.com en fournit un reflet fidèle. Il fait aussi le récit de la découverte, donne de nombreuses images des fouilles, présente l’association et propose d’y adhérer.

Cépages et tesselles organise le samedi 14 septembre 2019 un événement exceptionnel à la salle des Dominicains de Saint-Émilion : à 14 h 30, l’association ouvrira son assemblée générale annuelle à tous ceux qui seraient intéressés par son projet ; à 16 h 30 les membres du comité scientifique feront une conférence à plusieurs voix ; suivra vers 17 h 30 la projection d’un film consacré à la villa et à sa valorisation ; enfin vers 18 h sera présentée la cuvée Le Palat, dégustation-vente dont les bénéfices alimenteront les ressources de l’association.

Venez découvrir ce passé de Saint-Émilion, plus ancien mais moins connu que d’autres.

Pierre Régaldo-Saint Blancard
Président de la Société archéologique de Bordeaux

[1]. DAHA : Direction des Antiquités historiques d’Aquitaine, devient le SRA : Servie régional de l’Archéologie ; CNRS : Centre national de la recherche scientifique ; INRAP : Institut national de recherches archéologiques préventives.


mardi 5 novembre 2019

Les splendides mosaïques de la villa Noheda

Quelle ne fut pas la surprise de José Luis Lledo, lorsque sa pioche heurta la surface d'une magnifique mosaïque, lors de travaux de terrassement sur ses terres agricoles en 1984.
Vingt ans plus tard et après quelques démêlés avec l'Administration, une première campagne de fouilles révéla une villa romaine somptueuse qui devait appartenir à un riche négociant en vin ayant vécu au IVe siècle, et dont on ne connait pas encore le nom. Les mosaïques et les fresques mises au jour aux cours des fouilles ultérieures comptent d'ores et déjà parmi les plus vastes et les mieux conservées de l'Antiquité tardive.

La villa romaine, située à quelque dix-huit kilomètres de la ville de Cuenca en Castille-La Manche et à deux cents kilomètres à l'est de Madrid, s'étend sur une superficie estimée à près de dix hectares. Seule une petite partie du site a été fouillée à ce jour, mais les découvertes exceptionnelles qui y ont déjà été réalisées laissent supposer qu'il s'agissait d'une résidence très riche. De nombreuses sculptures taillées dans plus de trente marbres différents ont été retrouvées dans les ruines.
Pour le professeur Miguel Angel Valero, l'archéologue responsable des fouilles, les campagnes à venir réservent d'autres surprises agréables.

La villa a été bâtie sur un terrain légèrement en pente, délimité au sud par le ruisseau Chillaron, et abrité au nord par la colline de la Cuesta de las Herrerias. La villa porte le nom du district de Noheda tout proche, mais elle se trouve sur le territoire de la municipalité de Villar de Domingo Garcia.
Le matériel récolté permet de dater l'occupation du site du Ier siècle au VIe siècle de notre ère, mais les vestiges les plus importants sont incontestablement les mosaïques figuratives datées du IVe siècle.

Une mosaïque de 230 m2 couvre une pièce rectangulaire d'une superficie de quelque 300 m2 qui semble avoir été un triclinium. Cette salle est entourée de trois exèdres. Le bas des murs comporte un décor en « opus sectile », et le haut est décoré de peintures murales. Les mosaïques représentent des scènes de la mythologie greco-romaine, comme le « jugement de Pâris », le « mythe de Pélops », ou « l'enlèvement d'Hélène ». On peut aussi distinguer un cortège dionysiaque accompagné de Satyres et Ménades, le tout entouré de motifs géométriques et végétaux. Une représentation d'Athéna de deux mètres de haut y figure également.

Alors que les fouilles se poursuivent toujours sous l'égide de l'Institut du Patrimoine Historique d'Espagne, le site a été acquis par le Gouvernement régional de Castille-La Manche et est désormais ouvert au grand public depuis l'été 2019.



Représentation de la mosaïque



Plan du triclinium



Vidéo de présentation




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Novembre 2019
Ph. Laval