Présentation

Même si l'Antiquité romaine fut une période rude et souvent implacable pour beaucoup d'êtres humains, nous ne pouvons nier que dans de nombreux domaines la civilisation romaine fut innovante et même fascinante. Si Rome a conquis nos terres à la force du glaive pour imposer ensuite son pouvoir sous la férule des légions et de son administration centralisée, elle nous a aussi légué sa culture et, pour ce qui nous intéresse dans ce blog, son savoir-faire en matière d'urbanisme, d'architecture et de construction. C'est précisément ce domaine des habitations romaines typiques des campagnes, les villae, que je vous invite à découvrir ensemble.

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dimanche 24 août 2025

La villa romaine de la place Saint-Lambert à Liège

Fig. 1: Plan de la villa
Les vestiges de la villa romaine de la place Saint-Lambert ont été mis au jour en 1907 par l'Institut archéologique liégeois. 

Entre 1977 et 1984 l'Université de Liège y a effectué des fouilles préventives, puis l'Institut du Patrimoine wallon, sous la direction scientifique du Service de l'Archéologie de la Région wallonne, a complété l'étude des vestiges entre 2005 et 2007. 

Ce travail de recherche a permis de mieux comprendre l'ensemble des vestiges et son environnement.

La villa, de type classique pour le nord de la Gaule, mesurait 54 m sur 35 m. Un escalier monumental situé à l'est donnait accès à un portique qui s'ouvrait sur plusieurs locaux ainsi que sur une grande cour intérieure centrale non-couverte de 16 m sur 13,60 m. Cinq pavillons imposants, dont quatre situés aux angles de l'édifice, conféraient à l'ensemble du bâtiment une allure massive et symétrique.

Pour éviter les risques de crues de la Légia toute proche, le bâtiment était légèrement surélevé par rapport au terrain environnant, ce qui le rendait plus imposant encore.


Fig. 2: Evocation de la villa, façade arrière (capture d'écran de la
vidéo de présentation à l'Archéoforum de Liège)

Si la vocation des différents locaux est difficile à appréhender, le pavillon situé au nord-ouest était destiné aux bains ; il comportait une pièce chauffée sur hypocauste.


Fig. 3: Hypocauste de la villa, © SPW-AWaP

Les pièces intérieures n'étaient pas toutes au même niveau et quelques remaniements ont été observés dans certaines pièces. La façade d'entrée était orienté au nord-est, probablement en raison de la beauté du paysage, alors qu'une orientation sud-est était plutôt préconisée par les architectes de l'Antiquité.

Le mobilier archéologique découvert lors des fouilles a révélé une occupation qui va de la fin du Ier siècle ap. J.-C. à la moitié du IIIe siècle. Or, nous savons que dès la seconde moitié du IIIe siècle bon nombre d'établissements romains ont subi les ravages des raids barbares. C'était probablement le cas pour notre villa liégeoise. Néanmoins, une occupation sporadique au IVe siècle a été constatée dans une des pièces.

Enfin, le site, déjà fréquenté au cours de la préhistoire, avait également attiré les hommes du Haut Moyen-Âge, après la période romaine. Le premier édifice religieux sera même érigé sur les vestiges de la villa au VIIIe siècle.

A présent, les vestiges, conservés au sein de l'Archéoforum de la Place Saint-Lambert à Liège, peuvent être visités aux heures d'ouverture du Musée.


Fig. 4: Plan des vestiges du Haut Moyen-Âge et de la villa
Infographie : Anne Mélon - AWunP.

Résumé d'après un texte de D. Henrard, P. Van Der Sloot et J.-M. Léotard dans Archéologie de la Picardie et du nord de la France (Revue du Nord, T, 90, 2008, N° 378, P. 159-174).

Fig. 1: copie de la page 168 du texte mentionné ci-dessus.

Fig. 4: plan copié dans l'article : Sainte-Marie-et-Saint-Lambert de Liège: Approche archéologique de la cathédrale dite ''Notgérienne'' et de ses antécédents du Haut Moyen-Âge, par Denis Henrard et Jean-Marc Léotard.

Ph. Laval

mercredi 2 juillet 2025

Chaussées romaines d'ici et d'ailleurs

Introduction

Dans mon article du mois de mars 2024 dans Terre de Durbuy au sujet des villas gallo-romaines, j'avais précisé que certains indices archéologiques découverts sur le territoire de la commune de Durbuy laissaient supposer la présence de substructions enfuies dans le sol d'un ou plusieurs établissements datant de l'époque romaine (1).

Il est évident que toutes ces villas, véritables centres de productions agricoles et artisanales, étaient desservies par un réseau de voies de communication permettant d'écouler leurs marchandises vers les villes, les bourgades et les marchés.

Du reste, une des caractéristiques bien connue de l'Empire romain était son réseau routier très dense, bien organisé et largement sécurisé. Il faudra d'ailleurs attendre l'avènement de notre époque moderne pour retrouver un tel réseau routier d'envergure internationale.

Dans les provinces du nord de la Gaule, la mise en place de ce réseau routier fut pratiquement concomitant avec l'apparition des villas romaines. Dès que nos régions furent pacifiées après la Guerre des Gaules, l'intention du vainqueur fut d'abord de coloniser nos territoires par la mise en place d'un réseau routier performant permettant à la fois le déplacement rapide des troupes militaires ainsi que leur approvisionnement. C'est pourquoi la plupart des chaussées romaines sont très souvent rectilignes, malgré un dénivelé parfois important.

Voies romaines en Belgique, auteur : Rjdeadly, le 23/06/2017 (source Wikipedia)

Hiérarchie des chaussées romaines

Avant l'arrivée des Romains, la Gaule était déjà dotée d'un réseau de voies de communication assez étoffé, ce qui facilita d'ailleurs la conquête de César. Ainsi, la plupart de ces chemins furent intégrés au nouveau réseau mis en place au début du 1er siècle de notre ère par le gouverneur Agrippa, gendre de l'empereur Auguste, puis sous le règne de Claude au milieu du 1er siècle.

- Les Viae publicae (voies publiques) étaient les routes les plus importantes. Elles reliaient les villes et cités entre-elles, et étaient construites et entretenues par l'Etat. Ces chaussées portaient le nom de leur constructeur illustre et certaines sont connues aujourd'hui sous le nom de ''Chaussée Brunehaut''.

- Tout aussi importantes étaient les Viae militares (voies militaires), qui étaient des routes stratégiques destinées aux déplacements rapides des troupes. Elles étaient également du ressort de l'Etat.

- Viennent ensuite les voies vicinales reliant, comme leur nom l'indique, les Vici (bourgades routières) aux voies principales. Ces voies secondaires étaient le plus souvent construites et entretenues par les édiles des cités (autorités locales).

- Enfin, des chemins privés (Viae privatae) sillonnaient les campagnes en reliant les villas et les domaines privés aux artères principales. Elles étaient construites et entretenues par des propriétaires privés.

Ajoutons que des bornes milliaires jalonnaient les chaussées importantes tous les milles romains (1 478,50 m) pour informer le voyageur de la distance à parcourir (2). Des relais installés à intervalles réguliers lui permettaient aussi de trouver le gîte et le couvert ainsi qu'un service d'entretien pour sa monture.

D'autre part, les grands voyageurs de l'époque pouvaient acquérir une copie d'une carte itinéraire mentionnant les différents points de relais, les fleuves, les villes et les distances entre chaque étape.

La ''Table de Peutinger'' tracée au IIe ou IIIe siècle de notre ère, et recopiée en 1265, était faite d'une bande de parchemin longue de 7 m sur 0,34 m de haut.

Un second document appelé ''Itinéraire d'Antonin'' fut réalisé en 211-217 ou en 284-305. Il fut remanié au fur et à mesure de la fondation des nouvelles villes (3).

Structure & construction

Le cliché des voies romaines entièrement pavées, comme on peut en voir à Pompéi, est quelque peu exagéré. Certes, certains tronçons, surtout à proximité des villes et des lieux de grandes affluences, étaient pavés de grandes dalles de pierre. Mais d'autres revêtements, non moins solides, étaient également utilisés.

''Pour l'immense majorité des quelque 34 000 km de voies antiques qui sillonnent la Gaule, les chaussées sont recouvertes de gravier, de terre battue ou d'un empierrement plus ou moins élaboré.'' (4)

Dans la mesure du possible, la chaussée était construite sur un terrain stable et de préférence sur une crète militaire pour éviter les fonds de vallée humides. Une fois les mesures d'arpentage effectuées, le terrain était déblayé jusqu'au sol vierge. L'assise de la route comportait plusieurs couches de matériaux (sable, argile et gravier) compactées, puis le revêtement était fait de graviers, de cailloux ou de dalles de pierres.

La chaussée, légèrement bombée en son centre pour favoriser l'écoulement des eaux, mesurait entre 4 et 6 mètres de large. Deux fossés latéraux complétaient l'ouvrage (voir photo ci-dessous).

Outre la présence de gués sur les hauts fonds de rivières, le franchissement des obstacles naturels nécessitait la construction de ponts dont certains remarquablement bien conservés sont toujours utilisés aujourd'hui !

D'autres tronçons comportaient des ornières taillées à même la roche ou dans le pavement afin d'éviter le glissement des chariots (5).

Les Romains sont passés par ici !

Alors que plusieurs voies romaines traversaient la Wallonie pour rejoindre des villes comme Bavay, Reims, Cologne, Trèves, Metz ou Tongres, deux tronçons attestés par l'archéologie ont été repérés sur le territoire de la commue de Durbuy. Un troisième pourrait être daté de la même époque.

Le plus important est sans nul doute une section de la voie Arlon-Tongres qui a laissé son empreinte bien visible dans un pré au lieu dit Chêne à Han.

Après avoir franchi l'Ourthe à Grand-Han, la chaussée gagnait le vicus de Vervoz pour franchir ensuite la Meuse à Ombret et rejoindre Tongres.

Etonnamment, ce chemin passant par Chêne à Han fut repris à l'Atlas des chemins vicinaux sous le numéro 19 (6), alors qu'il ne figurait pas sur la carte plus ancienne de Ferraris (7).


Vestige de la voie romaine Tongres-Arlon à Chêne à Han, Durbuy. Photo : © Ph. Laval

Un autre chemin, qui devait être une voie privée, traverse le plateau agricole de Wéris en passant à proximité des deux dolmens et des menhirs récemment mis au jour dans le champ Paquet.

Connu aujourd'hui sous le nom de ''rue du Menhir'', ce chemin agricole se nommait jadis Vieux chemin des Romains (8) et il figurait à l'Atlas des chemins vicinaux sous le n°33. Il est indiqué sur la copie de l'extrait de la carte de Ferraris par deux flèches.

Un troisième chemin très ancien est mentionné sur la carte de Ferraris sous le nom Chemin de la Vicomté du château de Durbuy à celui de Stavelot. Cette ancienne voie qui passait par Warre et Tohogne se dirigeait vers le château de Logne, puis la vicomté de Ferot, avant de rejoindre Stavelot. Or, les nombreuses découvertes antiques mises au jour le long de son tracé laisseraient supposer une origine gallo-romaine, voire plus ancienne de cette voie (9).


© Service Public de Wallonie - Cartes de Ferraris (1770-1778), (2010-01-01)

Notes

1) Ph. LAVAL, Villas romaines d'ici et d'ailleurs, in Terre de Durbuy, n°167, mars 2024, p. 7.

2) A côté du mille romain de 1 478,50 m, la lieue ''romanisée'' de 2 222 m était aussi utilisée.

3) MERTENS J., 1986. Les routes romaines de la Belgique. in : Miscellancea in honorem Josephi Remigii Mertens, Leuven, (Acta Archaeologica Lovaniensia, 25), IX.

4) Gérard COULON, Les voies romaines en Gaule, Promenades archéologiques, Editions Errance, avril 2009, p. 82.

5) Ph. LAVAL, Section à ornières sur la voie romaine ''Arlon-Tongres'', Vie Archéologique, 52, p. 27-28.

6) L'Atlas des Voiries Vicinales de 1841 est un plan de la voirie vicinale établi par ancienne commune selon la loi belge du 10 avril 1841. Cette dernière est maintenant abrogée par le décret relatif aux voiries communales du 6 février 2014. (Source : Géoportail de la Wallonie).

7) La carte dite "de cabinet" a été dressée de 1770 à 1778 à l'initiative du Comte de Ferraris. Elle couvre les Pays-Bas autrichiens ainsi que les principautés de Liège et de Stavelot, c'est à dire la majeure partie de la Belgique actuelle et le Grand-duché du Luxembourg. (Source : Géoportail de la Wallonie).

8) Michel TOUSSAINT (dir.), 2003. Le champ mégalithique de Wéris. Fouilles de 1979 à 2001. Volume 1 Contexte archéologique et géologique. Etudes et documents Archéologie, 9, p. 121.

9) Damien FANON, 180 ans de découvertes gallo-romaines à Warre/Tohogne, in Terre de Durbuy, n°171, mars 2025, p. 43.

Bibliographie choisie

En plus des ouvrages déjà cités,

Marie-Hélène CORBIAU, Les voies romaines par la Wallonie, la voie Metz-Tongres, in Collection Vestiges, SPW Editions, 2017

G. THIOLLIER-ALEXANDROWICZ, Itinéraires Romains en France, in Archéologia, Guide hors-série n°8 H, 1996.

Guy FAIRON, La chaussée romaine Metz-Arlon-Tongres, in Les cahiers du groupe de recherches aériennes du sud belge (a.s.b.l.), 6700 Arlon, 1993-1.

André BAIJOT, La Pax Romana, de Tongres à Arlon, in catalogue de l'exposition du Musée de Wéris du 2 avril au 6 novembre 1994.

Si le sujet vous intéresse, le roman Un poète au palais écrit par l'auteur de cet article sous son pseudonyme est disponible au Musée des Mégalithes de Wéris. Le livre, dont le récit se situe au cœur de l'Antiquité tardive, évoque notamment la réalité du voyage en Gaule romaine.

(Article publié sur ''Terre de Durbuy'' en juin 2025)

Ph. Laval

vendredi 2 février 2024

La villa gallo-romaine d'Anthée

La plus vaste villa gallo-romaine découverte en Wallonie reste, à ce jour, celle d'Anthée sur la Commue d'Onhaye. Longue de 642 mètres, pars rustica comprise, sa largeur atteignait 212 mètres. Elle est de ce fait classée « type 1 » dans la typologie des « Grandes villae à pavillons multiples alignés »1.

Fig. 1 Plan du domaine bâti

Cette villa fut mise au jour en 1863, puis fouillée jusqu'en 1872 par le chamoine Charles Grosjean pour le compte de la Société archéologique de Namur.

Situé sur un plateau du Controz, entre les villages d'Anthée et Morville, le site se trouve à quelques lieues seulement de l'ancienne voie romaine Bavay-Trèves. Un vieux chemin traversant d'Est en Ouest la pars rustica semble, d'ailleurs, se diriger vers le Nord pour rejoindre cette chaussée. Ce diverticule comporte des ornières sur une partie de son tronçon.

Le domaine bâti, dont il ne reste que des vestiges enterrés, était divisé en deux parties par un mur. La pars urbana se trouvait à l'Ouest, et les différents bâtiments de la pars rustica bordaient les deux côtés d'une cour allongée s'étirant vers l'Est. Le tout était enclos d'un mur et occupait une superficie de quelque 12 hectares !

Un petit fanum de forme carré avait également été repéré à 200 mètres au Sud de la villa. Il faisait vraisemblablement partie intégrante du domaine.

Fig. 2 Plan de la pars urbana
Avec une façade de près de 107 mètres de long orientée à l'Est, la résidence du maître était dotée de deux portiques à colonnades à l'Est et à l'Ouest qui donnaient accès à 114 pièces2. Certaines d'entre elles étaient décorées de mosaïques, de fresques, d'enduits peints et de marqueteries en marbre, témoins évidents de la richesse des propriétaires.

Les occupants du domaine disposaient également de trois ailes de bains (thermes) : une au Nord et au Sud du corps de logis et une troisième, indépendante du bâtiment principal, au Nord de celui-ci, ainsi que de plusieurs locaux chauffés par hypocaustes.

L'alimentation en eau était assurée par deux sources : celle du « Fond des Noisetiers », située à 1675 mètres à l'Ouest de la villa, et celle nommée « Al Tavienne » distante de 1250 mètres au Sud.

Des vingt bâtiments de la pars rustica certains étaient réservés à l'hébergement des ouvriers, alors que d'autres étaient des écuries, des granges, des étables, des réserves pour les denrées et des ateliers, dont deux destinés au travail de la métallurgie du fer et du cuivre.

D'après le mobilier archéologique récolté jadis, la villa semble avoir été bâtie au milieu du premier siècle de notre ère, et aurait subsisté jusqu'au début du IVe siècle, avec peut-être un abandon temporaire durant le dernier quart du IIIe siècle, en raison d'un hiatus dans le monnayage pour cette période. (Une monnaie de Valens [365-378] trouvée dans un bâtiment de la pars rustica témoigne cependant d'une fréquentation du site après son abandon).


Fig. 3 Lion en pierre servant de fontaine © DR

Mais, les découvertes les plus remarquables sont, sans nul doute, la sculpture en « ronde-bosse » d'un lion en pierre calcaire qui devait servir de fontaine dans la cour d'honneur de la villa3, et des mosaïques à motifs géométriques4, malheureusement abîmées par d'anciens travaux agricoles.


Fig. 4 Mosaïques à motifs géométriques

De façon plus anecdotique, il faut aussi mentionner la présence d'un grand nombre d'écailles d'huîtres trouvées dans la pars urbana, indices évidents de l'opulence des propriétaires.

Enfin, une intervention archéologique préventive a été menée l'été 2014 par le SPW5 dans une zone de la pars rustica qui n'avait pas été fouillée autrefois. La raison de cette intervention répondait aux travaux de transformation d'une ancienne ferme avec l'aménagement d'un parking qui aurait pu endommager les substructions non encore mises au jour. Les résultats des fouilles ont complété et confirmé les données recueillies au XIXe siècle.

Notes :

1. Revue archéologique de l'Est : https://journals.openedition.org/rae/6217

et Fig. 1 : plan du domaine bâti.

2. Fig 2 : plan de la pars urbana.

3. Fig. 3 Sculpture en pierre d'Euville (Meuse, France), H. 76 cm, L. 84 cm, l. 35 cm, IIe siècle, photo © DR, Musée Archéologique de Namur.

4. Fig. 4 Mosaïques à motifs géométriques de la villa d'Anthée, Musée Archéologique de Namur.

5. « Les Nouvelles de l’Archéologie, n° 37, Janvier - Février - Mars 2015 »

Bibliographie :

- Delaunois E. & Hannut F. 2015. Nouvelle campagne archéologique sur la villa d'Anthée (Onhaye, Namur), ASAN, t. 89, p. 21-49.

- Del Marmol E., 1881, Villa d'Anthée, ASAN, t. 15, p. 1-40.

- Del Marmol E., 1877, Villa d'Anthée, ASAN, t. 14, p. 165-194.

(Résumé rédigé d'après les différentes sources ci-dessus. Je remercie la Société archéologique de Namur pour son aide).

Ph. Laval

dimanche 24 septembre 2023

La villa gallo-romaine d'Ôjète à Gerpinnes

Une découverte inédite (Texte : Thierry Frippiat)

Gerpinnes, 1872. À quelques centaines de mètres du village, sur le versant septentrional du vallon d’Ôjète, les socs des charrues exhument sans cesse des débris de tuiles. Les anciens racontent qu’en des temps éloignés, des villageois ont extrait de cette terre d’imposantes pierres de taille, dont ils firent des seuils de portes ou des mangeoires pour le bétail. D’où ces vestiges peuvent-ils bien provenir ? Peut-être d’un ancien moulin. Cela expliquerait le nom de ce bout de campagne que l’on appelle « Moulinia ». Une vieille tradition prétend quant à elle que des nonnes habitaient les lieux au Moyen Âge. S’agirait-il des ruines d’un ancien monastère ?

S’il est dans la bourgade un esprit dont ces mystères éveillent la curiosité, c’est bien Léopold Henseval. En sa double qualité de bourgmestre et d’antiquaire, il fait part de ses soupçons à la Société de Paléontologie et d’Archéologie de Charleroi. Très vite, une campagne de fouilles est organisée. Les vestiges qu’elle dévoile sont ceux de l’une des plus grandes villas gallo-romaines connues dans le nord du continent à cette époque. L’ensemble comprend une pièce souterraine d’une rare conservation qu’il importe de préserver : le terrain occupé par cette cave est cédé par son propriétaire, M. de Bruges, à l’État belge, qui finance la construction d’un bâtiment de couverture. Les archéologues mettent également au jour une dizaine de sépultures franques.



1° En 1872, une campagne de fouilles met au jour les fondations d’une
 importante villa gallo-romaine sur le versant nord du vallon d’Ôjète
.

Dans les campagnes de l’Entre-Sambre-et-Meuse

La conquête des Gaules par Jules César (58-51 av. J.C.) fait de l’Entre-Sambre-et-Meuse un territoire romain. Au début de son principat, l’empereur Auguste (27 av. J.C.-14 ap. J.C.) fournit aux contrées nouvellement conquises leur première organisation administrative. Dès cette époque, la future terre de Gerpinnes ressort de la cité des Tongres, d’abord partie de la Gaule belgique puis, à partir de la fin du Ier siècle, de la province de Germanie inférieure. Elle s’insère entre deux itinéraires majeurs aménagés à l’époque d’Auguste : Bavay-Tongres-Cologne (au nord) et Bavay-Dinant-Trèves (au sud). À proximité, coulent également deux rivières importantes : la Sambre (nord) et la Meuse (est). Ces grands axes de communication terrestres et fluviaux sont accessibles via un réseau de routes secondaires. Il ne fait aucun doute que l’un de ces tracés passe non loin du site d’Ôjète.


2° La villa d’Ôjète, toute proche d’une route secondaire, se situe à environ
 10 km de la Sambre et 15 km de l’importante voie reliant Bavay à Trèves.

Dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, territoire résolument rural et caractérisé par une forte dispersion de l’habitat, la romanisation progresse lentement. Les centres d’exploitation agricole d’origine pré-romaine se maintiennent et il faut attendre la seconde moitié du Ier siècle ap. J.C. pour voir apparaître le modèle de la villa gallo-romaine. Ce dernier, fruit du savoir-faire romain, entend répondre à des réalités économiques nouvelles. Son plan est régulier et les matériaux durs doivent assurer la longévité des infrastructures les plus importantes.

La villa gallo-romaine est non seulement un lieu de résidence, mais aussi un centre de production. Elle comprend à la fois une partie résidentielle, des infrastructures dédiées à la production agricole ou à l’élevage (greniers, étables,…) et des ateliers visant à en assurer l’auto-subsistance (forge,…). Pour cette raison, la villa est normalement divisée en trois espaces : la résidence des propriétaires (pars urbana), les infrastructures de production et d’exploitation (pars rustica) et les bâtiments à provisions (pars fructuaria).

Plan général de la villa

Les fouilles menées dans les années 1870 n’ont probablement pas révélé l’entièreté des fondations de la villa d’Ôjète, dont seule la pars urbana est connue. Le plan montre également qu’en plusieurs endroits, les fondations ont été détruites. Quant aux techniques mobilisées par les fouilleurs amateurs du XIXe siècle, elles étaient bien moins affûtées que celles des archéologues d’aujourd’hui. Dès lors, il faut se satisfaire de données très partielles pour tenter de comprendre l’histoire des bâtiments. Il est tout de même acquis que la villa a connu au moins deux incendies ou destructions : lors des fouilles, le sol de la pièce souterraine a révélé trois couches de ciment et de débris séparées par deux épaisseurs de cendres. Le complexe pourrait s’être développé en plusieurs phases, à partir d’un premier ensemble élevé à la fin du Ier siècle ou au IIe siècle.

Le noyau primitif de la villa, dont faisait partie la pièce souterraine visible de nos jours (1), était situé au nord. Il s’articulait autour d’une vaste cour (2) et pourrait lui-même avoir connu des agrandissements et des transformations. Un portique, c’est-à-dire une galerie couverte dont le toit est en partie supporté par des colonnes, courait peut-être sur le pourtour de cet espace, ainsi qu’à l’extérieur de l’enceinte côté nord. Plusieurs indices suggèrent que les ailes occidentale et méridionale de l’édifice comportaient un étage. La pièce 3 se trouvait au sous-sol et était accessible depuis la cour ; peut-être s’agissait-il d’une autre cave. La salle 4 comporte une abside, laissant penser qu’il pouvait s’agir d’un séjour ou d’une salle à manger. Quant à l’avant-corps 5, celui-ci devait être garni de colonnes d’ordre dorique, dont des débris ont été retrouvés à proximité. Une structure semblable lui répondait peut-être par symétrie, à l’angle sud-est du quadrilatère. Enfin, des fragments d’enduit peint (rose, jaune et rouge) ont été trouvés dans les salles marquées d’un 6. Certains murs étaient visiblement ornés de grands tableaux encadrés par des lignes parallèles de plusieurs couleurs. Les parois de ces pièces sont néanmoins apparues couvertes de plâtre. Il pourrait dès lors s’agir de magasins ou des appartements des serviteurs, tandis que les éléments peints proviendraient de pièces plus luxueuses situées à l’étage, peut-être les appartements des propriétaires.



3° Plan général de la villa gallo-romaine d’Ôjète

Un deuxième ensemble de bâtiments, tout aussi imposant, se détache au sud : le complexe thermal. Il pourrait résulter d’un agrandissement tardif de la villa primitive. Dans plusieurs salles (7), les fouilles ont fait apparaître un système de chauffage par hypocauste. Grâce à l’action de plusieurs foyers ou praefurnia (8), de l’air chaud s’engouffrait sous le pavement, surélevé au moyen de piles de briques carrées superposées. Des bouches horizontales et un réseau de briques creuses pratiqué dans les murs permettaient la circulation et l’évacuation des gaz chauds. Ce système réchauffait également le bain chaud, dit caldarium (9), séparé du bain froid ou frigidarium (10) par un muret. Ces bains étaient munis d’un système de canalisations permettant leur vidange. Le sol des espaces 11 et 12 était couvert d’un stuc très soigné. Ce vaste ensemble était dédié à la fois à la détente et aux loisirs, peut-être aussi à l’accueil de convives et aux réunions. Le lit du ruisseau s’est déplacé au fil des siècles et a entamé les fondations de cet ensemble. Au nord, il faut finalement noter la présence de trois murs épais en équerre : il pourrait s’agir d’un silo à grains (13).

La pièce souterraine

Des vestiges mis au jour dans les années 1870, seule une pièce souterraine est encore visible, tandis que le reste des fondations est retourné à la terre. Son état de conservation remarquable et le caractère exceptionnel que revêtait sa découverte pour l’époque motivèrent l’État à acquérir la parcelle et à prendre les mesures nécessaires pour la préservation du site. Longue de 6,15 mètres et large de 5,50 mètres, cette salle présente des parois en appareil romain soigné, formé de rangs de pierres taillées rythmés par des cordons de briques. Onze niches y ont été aménagées. Entre celles-ci, on remarque des ornements faits de pierres blanches disposées en croix. La pièce comporte un soupirail au nord et était autrefois surmontée de voûtes en plein cintre. Un stuc poli, établi à même la roche, en formait le sol. De nombreux débris ont été retrouvés, provenant des étages supérieurs. Parmi ceux-ci, on dénombre des épingles à cheveux, des tesselles de marbre issues d’une mosaïque et des fragments d’enduits peints.



4° Après un sommeil d’une quinzaine de siècles, la pièce souterraine réapparaît
 lors des fouilles du XIXe siècle, dans un parfait état de conservation.

La question de l’usage de cette pièce a divisé les archéologues dès l’époque des fouilles. Se refusant à y voir une « vulgaire cave », ceux-ci n’ont pas manqué d’imagination. Pour certains, il s’agissait d’une sépulture de famille dont les niches auraient pu accueillir des urnes cinéraires. Pour d’autres, cette pièce aurait été un laraire, soit un sanctuaire dédié aux Lares, divinités protectrices du foyer. Les érudits ont également pensé que des chrétiens avaient peut-être désigné cette pièce comme lieu de réunion et qu’ils auraient voulu purifier l’emplacement en pratiquant des croix blanches dans les parois. Ces hypothèses ne sont plus admises aujourd’hui. Il est très probable qu’il s’agissait uniquement d’un cave (cella) destinée au stockage des denrées alimentaires.

Étude réalisée avec la collaboration de M. Anthony Peeters.

Illustrations

1. Lithographie : la fouille de la villa belgo-romaine de Gerpinnes. L. de Glymes, L. Henseval et J. Kaisin, « Rapport sur la fouille de la villa belgo-romaine de Gerpinnes », dans Documents et rapports de la Société paléontologique et archéologique de Charleroi, VII, 1873, p. XCIII-CXL, pl. II.

2. Carte : l’Entre-Sambre-et-Meuse et le réseau routier gallo-romain. © Cercle d’Histoire et de Généalogie de Gerpinnes, 2018.

3. Plan : villa gallo-romaine d’Ôjète à Gerpinnes. © Cercle d’Histoire et de Généalogie de Gerpinnes, 2018.

4. Photographie : cave de la villa gallo-romaine d’Ôjète. Universiteitsbibliotheek Gent. Lien : https://lib.ugent.be/en/catalog/rug01:001026786

Citer cet article

«Villa gallo-romaine d’Ôjète à Gerpinnes », dans Cercle d’Histoire et de Généalogie de Gerpinnes, Gerpinnes. Histoire et Patrimoinehistoiregerpinnes.wordpress.com.

Mis à jour le 9 février 2020.

jeudi 6 juin 2019

La villa de l'Archéosite d'Aubechies

Outre les nombreuses reconstitutions d'habitats et structures antiques, l'Archéosite d'Aubechies propose également à ses visiteurs la découverte d'une villa gallo-romaine reconstruite à partir du plan de fouille des vestiges d'une authentique villa mise au jour en Allemagne.

Vue d'ensemble de la villa reconstituée, photo: J-M Rogge





Voici un extrait de la brochure : « La villa à l'époque romaine » rédigée et publiée par l'Archéosite :

'' Le choix d'un modèle spécifique, la villa de Mayen (Rheinland-Pfalz) située en Allemagne, s'est imposé pour des raison pratiques. Cette construction de taille modeste et bien documentée a connu 8 phases de transformations successives aboutissant à un plan homogène relativement réduit muni d'une galerie de façade caractéristique. Ce modèle est relativement récurrent dans le Nord de la Gaule, en Bretagne insulaire et en Germanie.

La reconstitution, présentée ici, illustre la phase finale de la villa de Mayen. La vaste pièce rectangulaire située à l'arrière de la galerie de façade est intégrée entre deux pavillons d'angle qui lui confèrent une certaine monumentalité et une rigueur symétrique. Le grenier, visible sur le plan original, n'a pas été reconstitué, le terrain étant trop plane.

Plan et esquisse de la villa de Mayen en Allemagne, (Mylius, 1928)





Fondation, maçonnerie et parement

Étant donné la nature du substrat géologique régional composé d'une épaisse couche de loess, les fondations antiques se limitent habituellement à une profondeur moyenne de +/- 60 cm équivalant au niveau inférieur protégé du gel. Le plus souvent, les fondations se composaient de blocs de pierre pouvant être disposées en hérisson, liés à l'argile et parfois au mortier de chaux.

La pierre utilisée pour la reconstitution du parement de cette villa est un grès régional appelé « grès de Grandglise » (grès « bigarré » du Landénien inférieur). Cette pierre était majoritairement utilisée pour toutes les constructions de la région de Beloeil et de Basècles durant la période romaine.

Durant l'époque antique, les murs étaient constitués d'un remplissage de pierrailles mélangées au mortier : l'opus caementicium. Le mortier se compose d'un volume de chaux, de deux volumes de sable de rivière et d'un volume de tuileaux pulvérisés qui lui confèrent cette couleur rose. Cette technique se base sur l'une des recettes du traité d'architecture de Vitruve datant du 1er siècle de notre ère (Vitruve, II, 5,7). Cet opus caementicium est toujours accompagné d'une parement externe pouvant être agencé de diverses manières. Dans nos régions, on retrouve principalement des parements en opus incertum constitués de blocs de taille informe pouvant être dressés sur leur face externe et en opus vittatum composés de pierres
quadrangulaires uniformes disposées horizontalement. Les enduits extérieurs ou crépis à base de chaux étaient également souvent employés. Ces derniers pouvaient être agrémentés de traits colorés, tirés au fer à joint, imitant des blocs de pierre de taille régulière. La villa présentée ici est recouverte par endroit d'un enduit lisse de couleur ocre.

La façade principale et les soubassements sont composés de blocs de grès disposés en opus vittatum agrémentés d'assises de tuiles. Ces dernières, tout en contribuant à la régularité de la construction, apportent une dimension esthétique caractéristique de la construction romaine.

Vue de la façade de la villa reconstituée à Aubechies




Portique

L'espace couvert situé devant la façade est constitué d'un portique monumental décoratif. Le portique, ensemble architectural typiquement méditerranéen, est un élément fondamental dans l'architecture romaine. Le caractère indigène subsiste dans l'utilisation de supports en bois pour la construction du portique.

La charpente en chêne bien visible sous le portique est constituée de poutres maîtresses en bois soutenant des chevrons et des voliges sur lesquels les tuiles viennent prendre appui. Dans nos régions, la tuile est un matériau de couverture couramment utilisé dès la première moitié du Ier siècle. La tegula est une tuile plate trapézoïdale avec rebords latéraux. Sur ces rebords venaient s'appuyer à chaque extrémité l'imbrex ou couvre-joint, tuile semi-circulaire qui permettait d'assurer l'étanchéité de la couverture. Celle-ci se terminait par une antéfixe (antefixa) qui scellait l'ensemble.

L'utilisation de la gouttière n'est pas attestée à cette époque. La toiture débordante permettait d'isoler la façade de l'écoulement des eaux. Le système de drainage était assuré par des tegulae disposées à même le sol et servant de caniveaux. Ces tegulae, visibles à l'angle gauche de la façade, entraînaient l'eau en bas de pente.

Huisserie

Les accès principaux sont généralement larges. La porte en chêne, visible de la façade avant et composée de quatre battants munis de fenêtres à croisillons, a été réalisée d'après un modèle retrouvé à Pompéi. Les fenêtres en bois pourvues de croisillons sont constitués de verre soufflé. Le verre à vitre apparaît dans nos régions à l'époque romaine. Il se caractérise par la présence de bulles et par une couleur qui varie en fonction de l'oxydation des minéraux de matières siliceuse. Les fenêtre sont également recouvertes de protections étoilées en fer décoratif. Ces dernières sont rivetées à l'ancienne et scellées au plomb.

Chauffage et foyer

A l'époque romaine, le foyer à cheminée n'existait pas encore. Le système de chauffage était assuré par des foyers ouverts adossés au mur et reposant directement sur le sol ou par des brasero disposés dans les différentes pièces. Un très bel exemple de brasero en bronze est présenté dans la salle d'apparat. Ce dernier a été réalisé d'après un modèle découvert à Pompéi. Il est composé de trois pieds en forme de faune ithyphallique.

A côté de ces chauffages d'appoint, un système novateur fut mis au point : le chauffage sur hypocauste. Un praefurnium (foyer) était aménagé sous la pièce à chauffer afin de permettre à la chaleur de se répandre en sous-sol (d'où le nom latin d'hypocausis : chauffage inférieur). Cet espace était couvert par un sol suspendu : la suspensura constituée de dalles de terre maintenues pas le biais de pilettes composées de briques quadrangulaires de 20 cm de côté. Elle était recouverte d'un mortier romain. La chaleur chauffait le sol et était évacuée par les conduits verticaux fixés dans les murs. Ces conduits ou « tubuli » participaient également au réchauffement de la pièce. Des cheminées situées en sommet de mur permettaient l'évacuation des fumées vers l'extérieur. L'invention de ce premier chauffage central remonterait au IIIe siècle avant J.-C. Des conduits de chauffage ont été découverts à Gortys, Olympie et Syracuse (Adam, p. 289). Il faudra attendre le courant du Ier siècle de notre ère pour voir apparaître cet équipement dans nos régions. Une petite pièce rectangulaire a été reconstituée à l'extérieur de la villa (sur le côté latéral gauche) et permet d'accéder au praefurnium. Ce système est ici reconstitué pour le chauffage de la baignoire : les thermes.

La salle de séjour ou de réception

Vue partielle de l'atrium, photo : J-M Rogge




Cette salle était réservée, à l'origine, aux activités collectives de la famille et aux repas. Peu à peu, dans les grandes villae, l'évolution pratique voulut que les repas soient pris dans une salle réservée exclusivement à cet usage : le triclinium. A l'origine, ce nom désignait le lit à triple couchette sur lequel s'installaient les convives. Dans le cas de constructions modestes, la double fonctionnalité séjour-salle à manger a très bien pu persister faute d'espace suffisant.

Diverses pièces secondaires sont également accessibles à partir de cet endroit central. Malheureusement, l'archéologie nous donne peu de renseignements quant à la destination exacte de ces dernières.

Les quatre colonnes visibles au centre de la pièce constituent un dispositif permettant de soulager la portée du toit. De nombreuses petites villae en Gaule révèlent les traces de piliers ou poteaux de soutènement à cet endroit (Verslype, 1994, p. 33).

L'atrium avec les colonnes




Le sol recouvert du mortier romain caractéristique (sable, tuileaux pilés, chaux) est agrémenté de trois mosaïques en marbre illustrant deux scènes champêtres et une nature morte. La scène champêtre disposée à l'entrée présente une mosaïque bichrome avec un chevrier occupé à traire une chèvre sous une treille. L'ensemble est entouré d'une frise agrémentée d'oiseaux disposés en vis-à-vis. Cette scène s'inspire du motif d'un tissu datant des IVe-Ve siècles après J.-C.

Une mosaïque polychrome disposée devant l'escalier présente divers aliments consommés à l'époque : poissons, volailles, bottes d'asperges, régimes de dattes. Cette nature morte est la copie d'une mosaïque découverte à Tor Marancia (près de Rome) et datant de l'époque d'Hadrien.

Devant les thermes, une mosaïque polychrome réalisée d'après un original découvert aux environs de Rome (IIIe siècle ap. J.-C.) présente des escargots et des poules de Numidie (pintades), produits exportés par l'Afrique du Nord durant l'Antiquité.

D'après Vitruve, les illustrations d'animaux, légumes et fruits figurant dans la peinture italique font directement référence aux cadeaux offerts par le maître des lieux à ses invités. Ce thème, repris également dans les mosaïques, illustre aux IIe et IIIe siècles, les prémices des récoltes et des troupeaux apportés par les coloni c'est-à-dire les paysans travaillant pour le patronus (Gros, 2001, p. 149).

La peinture romaine s'exprime principalement par l'utilisation de deux types de techniques. La fresque ou peinture « a fresco » qui correspond à une méthode de peinture sur un enduit de chaux et de sable encore frais. Les pigments appliqués avec de l'eau ou du lait de chaux pénètrent et se fixent alors dans l'enduit plus facilement. La technique de la « tempera » correspond à l'application de peinture délayée préalablement avec un liant sur un support sec. Souvent, seule une analyse physico-chimique permet d'identifier avec certitude le type de technique utilisé (Barbet, 1999, p. 39-52).
La plupart des pigments utilisés sont d'origine minérale (Barbet, 1999, p. 45-49). (...)

Étage et plafonds

La pièce d'apparat centrale est ici présentée sans étage. Cette hypothèse s'appuie sur les données archéologiques, les recherches pratiquées sur certaines villae (Metzler et al., 1981, p. 139-140). Les pièces secondaires situées dans les ailes possèdent par contre un étage reconstitué, utilisé comme pièce de stockage.(...) ''

La villa comporte également un tepidarium et une chambre avec un laraire. Un jardin et un potager complètent le domaine reconstitué.

(Résumé fait avec l'autorisation de l'Archéosite)

Lien vers l'Archéosite : http://www.archeosite.be/fr/home/

Juin 2019