Présentation

Même si l'Antiquité romaine fut une période rude et souvent implacable pour beaucoup d'êtres humains, nous ne pouvons nier que dans de nombreux domaines la civilisation romaine fut innovante et même fascinante. Si Rome a conquis nos terres à la force du glaive pour imposer ensuite son pouvoir sous la férule des légions et de son administration centralisée, elle nous a aussi légué sa culture et, pour ce qui nous intéresse dans ce blog, son savoir-faire en matière d'urbanisme, d'architecture et de construction. C'est précisément ce domaine des habitations romaines typiques des campagnes, les villae, que je vous invite à découvrir ensemble.

samedi 30 mai 2020

Magnifiques mosaïques mises au jour en Italie

De splendides mosaïques de l'époque romaine ont récemment été mises au jour sous les vignes d'un terrain situé sur la commune de Negrar di Valpolicella, dans le nord de l'Italie près de Vérone. Cette découverte nous permet d'espérer d'autres belles surprises dès que la zone sera fouillée. L'article et la vidéo postés ici proviennent du réseau facebook où ils ont été publiés par les autorités de la commune.

À NÉGRAR UN TÉSOR ARCHÉOLOGIQUE SOUS LES VIGNES

Après d'innombrables décennies de tentatives ratées, une partie du sol et des fondations de la Villa romaine située au nord de la capitale, découverte par les savants il y a plus d'un siècle.

Les techniciens de la supervision de Vérone, avec un carottage ciblé du sol, découvrent partiellement les restes de l'artefact encore présents sous quelques mètres de terre, avec un objectif précis : identifier l'extension exacte et l'emplacement exacte de l'ancienne construction.

Ensuite, la supervision se raccordera avec les propriétaires de la région et la commune pour identifier les moyens les plus appropriés pour rendre disponible et visitable ce trésor archéologique caché depuis toujours sous nos pieds.
Le résultat n'arrivera pas bientôt et il faudra des ressources importantes. Mais il est important enfin de tracer la route.

La commune prêtera toute la collaboration nécessaire et remercie dès maintenant les professionnels de la supervision et les propriétaires de la région pour l'unité d'intention et la disponibilité avec laquelle ils poursuivent le projet.





jeudi 14 mai 2020

Les matériaux de construction dans la villa (2)

Le béton romain

S'il y a un matériau de construction utilisé dans l'Antiquité qui est devenu célèbre, c'est bien le béton romain.
A l'instar du mortier de tuileau destiné à la construction des murs, les propriétés de résistance du béton romain sont restées longtemps une énigme pour les ingénieurs.
Ce béton, nommé en latin « opus caementicium » fut utilisé durant toute l'époque de l'Empire pour couvrir les sols et construire des édifices portuaires, des ponts et de grandes constructions comportant des voûtes de plein cintre. Plusieurs de ces constructions sont d'ailleurs encore visibles aujourd'hui (ex. le Panthéon à Rome ou les infrastructures du port antique de Césarée en Israël).

L'aqueduc de Césarée:



Le secret du béton romain n'a été découvert qu'au début du XVIIIe siècle par un ingénieur français, et ce sont des scientifiques américains et italiens qui ont percé le mystère de sa résistance, notamment lorsqu'il était mis en œuvre en milieu marin.

Ce béton était préparé en mélangeant, à de l'eau, de la chaux, de la brique pilée, des morceaux de roche ou de céramique avec de la poussière volcanique appelée « pozzolana ».
Habituellement, ce mélange était composé d'une part de chaux pour deux ou trois parts de poussières volcaniques, selon le type de construction à réaliser. Ainsi, lorsqu'il était utilisé en milieu marin, une réaction chimique instantanée s'opérait, au contact de l'eau de mer, conférant au béton formé une résistance incomparable.
En outre, les géologues américains, qui ont étudié ce phénomène, se sont aperçus que l'eau de mer, qui filtrait à travers le béton, apportait des minéraux dans les microstructures même du matériau, le rendant ainsi de plus en plus solide et résistant au fil du temps.

Le béton romain était incontestablement meilleur que ceux fabriqués actuellement ! Bien qu'il n'ait jamais eu besoin de structures métalliques de renforcement, il ne s'altérait pas comme le béton Portland utilisé de nos jours. Alors que sa résistance augmentait au fil du temps, quand il était utilisé en milieu marin, les constructions modernes réalisées avec le béton Portland s'érodent déjà après 50 ans d'âge !

Mai 2020
Ph. Laval

mardi 24 mars 2020

La plus grande villa romaine des Pays-Bas

Voerendaal est un endroit spécial. Grâce à la célèbre villa romaine, mais aussi grâce à la longue histoire des recherches: le site a été fouillé pas moins de quatre fois.


La villa romaine, dessin de Mikko Kriek


En 1891, les premiers murs d'une villa ont été découverts le long du Steinweg. L'archiviste du Limbourg Joseph Habets a été rapidement appelé. Avec la famille Van Oppen, propriétaire du terrain, il a fait des plans pour fouiller les restes. Une fois commencés, les bâtiments se sont révélés beaucoup plus grands que prévu. Dans une lettre, Habets parle même de «l'excavation la plus étendue jamais réalisée» aux Pays-Bas. Il a suivi les fondations des murs en perçant le sol avec une épingle en fer. Ensuite, les murs pourraient être creusés librement avec la pelle. Un travail difficile, pour lequel des travailleurs étaient employés. On dit que ces hommes recevaient 1 florin par jour.
Habets a frappé à la porte du gouvernement national pour tout payer. Il a reçu 250 florins. Un an plus tard, il a demandé 350 autres florins. Comme Habets est décédé cet été là, l'enquête a pris fin.

Le directeur Willem Pleyte du Rijksmuseum van Oudheden à Leiden a visité les fouilles dès 1892. Cependant, le musée n'a pris aucune mesure avant 1929. Le directeur Holwerda et l'archiviste limbourgeois Goossens ont fait fouiller le complexe de villas. Encore une fois, l'enquête s'est terminée prématurément, cette fois en raison d'un conflit avec le locataire.
Le musée revient vingt ans plus tard. Entre 1947 et 1950, Willem Braat a fouillé la partie la plus monumentale de la villa romaine à travers une série de tranchées étroites. Les bâtiments ont ensuite été reconstruits en reliant les sections de murs découvertes. Là aussi, beaucoup de fouilles ont été engagées, notamment autour des bains publics de la villa. Braat travaillait avec d'anciens chômeurs du service de l'emploi, parfois seize ans à la fois.

Après les recherches de Braat, le bâtiment principal de la villa a été protégé en tant que monument national. Afin d'éviter que d'autres données ne soient perdues, il a été prévu de creuser davantage dans les années 1980. Dans une enquête à grande échelle menée entre 1984 et 1987, sous la direction de Willem Willems, de larges puits de travail contigus ont été creusés avec une excavatrice et parfois approfondis six fois. De cette façon, toutes les traces de différentes phases ont pu être enregistrées: travaux de mur, mais aussi fossés, fosses et fosses de pieux. Malheureusement, cette étude n'a jamais été publiée.
Par conséquent, l'histoire n'est pas encore terminée. Aujourd'hui, après plus d'un siècle de fouilles, une équipe de spécialistes pour le compte du musée des Limbourg travaille sur le dernier chapitre depuis trois ans. Pour que l'histoire complète de la villa romaine spéciale de Voerendaal-Ten Hove puisse enfin être racontée.



La Dame de Voerendaal était probablement une riche propriétaire de villa. Sa tête, trouvée en 1917, mesure environ 50 cm de haut et est sculptée dans du grès Nivelstein, une pierre régionale de la vallée de Worm.
La tête faisait probablement partie d'un monument monumental sur la route romaine de Cologne à Boulogne-sur-Mer, maintenant connue sous le nom de Via Belgica. Ses boucles, ses tresses chignons et son bandeau révèlent que la Dame de Voerendaal a vécu au milieu du deuxième siècle. Cette coiffure était à la mode à l'époque: Sabina, l'épouse de l'empereur Hadrien, avait également une telle coiffure.

Mars 2020
Ph. Laval

lundi 13 janvier 2020

Les matériaux de construction dans la villa (1)

Il est faux de croire que l'habitat en bois et torchis des peuples celtes était inconfortable et précaire. Ces habitations traditionnelles étaient très bien adaptées au climat de nos régions et les ressources en bois pour leur construction étaient inépuisables.
Néanmoins, la villa romaine, bâtie « en dur », constitue sans aucun doute une avancée technologique considérable.
Le premier avantage de la construction romaine est certainement sa pérennité. La maçonnerie est forcément plus solide que le bois et elle résiste mieux à l'usure du temps et aux intempéries. Bon nombre d'habitations romaines nous ont d'ailleurs légué quelques beaux vestiges de murs toujours debout, alors que même les poteaux massifs en bois des chaumières gauloises ont disparu depuis fort longtemps.

Je vous propose donc de découvrir les différents matériaux qui étaient utilisés dans la construction des villas, en commençant par la toiture.

La couverture :

Si l'ardoise et la pierre furent parfois utilisées en couverture, le matériau typique des toitures des villas romaines était bien évidemment la tuile en terre cuite qui conférait aux habitations une allure méditerranéenne.
Cette toiture était composée de tegulae (sg. tegula) et d'imbrices (sg. imbrex).
La tegula est une tuile plate à rebords latéraux qui se posait à même la charpente. Elle mesurait plus ou moins 35 cm sur 45 cm avec une épaisseur de 3 ou 4 cm et avait une forme légèrement trapézoïdale pour permettre l'emboitement des tegulae les unes aux autres (voir dessin). Elle pesait plus ou moins 7 kg.
Pour assurer l'étanchéité des joints, des imbrices recouvraient le faîtage, ainsi que les bords latéraux des tegulae Ces tuiles de forme semi-circulaire avaient une extrémité plus étroite que l'autre pour qu'elles puissent également s'emboiter les unes aux autres. Ces tuiles, appelées aujourd'hui « tuiles canal », sont toujours utilisées dans la plupart des pays méditerranéens.
Enfin, des antéfixes étaient placés à la base du toit, fixé dans la dernière imbrex avec du mortier, pour maintenir en partie la couverture et fermer la dernière imbrex. Les antéfixes étaient souvent décorés de motifs végétaux ou figutatifs.

Représentation d'une partie de toiture



a) Tegula
b) Imbrex
c) antéfixe

La charpente :

La toiture, qu'elle soit de tuiles ou d'ardoises, était supportée par une charpente en bois. Ces charpentes ont évidemment disparu depuis longtemps, mais on peut imaginer qu'elles devaient être très massives, car le poids de la couverture devait avoisiner les 70 kg au m2 en moyenne pour un toit en tuiles.
La pente du toit ne devait pas excéder 25° d'angle, pour assurer la stabilité de l'ensemble de la couverture et éviter le glissement des tuiles.

Les murs :

Les murs extérieurs et les murs porteurs intérieurs étaient maçonnés en pierres et parfois en briques de terre cuite en alternance avec des moellons de pierre. Les pierres étaient le plus souvent équarries et le tout maçonné au mortier de chaux. La pierre provenait la plupart du temps de carrières situées dans la région même de l'habitat. Cependant, quand le marbre était utilisé, il pouvait être importé de très loin. Tout dépendait de la richesse du propriétaire et de ses désirs. Les briques et tuiles en terre cuite étaient façonnées sur place ou provenaient d'ateliers de tuiliers de la région. De nombreuses estampilles de tuiliers ont été découvertes sur des tuiles et des briques lors de fouilles archéologiques.

Le mortier romain était réputé pour ses propriétés techniques incomparables. Ce mortier, appelé « mortier de tuileau » était un mélange de sable, de petits graviers, de chaux, d'eau et de tuileau. Le tuileau est une poudre obtenue par le broyage de briques ou de tuiles en terre cuite. Le liant obtenu d'une couleur rosâtre était très résistant tout en étant élastique. Il a permit la construction d'édifices remarquables comportant des voûtes et des arcs en plein cintre. De part ses propriétés d'hydraulicité, il était aussi utilisé dans les constructions hydrauliques, (thermes, ponts, etc.).

Il y avait plusieurs façons d'ériger un mur. On parle dans l'Antiquité romaine d'Opus (appareillage) :

  • L'opus incertum, dont les pierres taillées sont maçonnées de façon irrégulière sans assise.
  • L'opus reticulatum où les pierres sont identiques et carrées. Leur appareillage forme un damier harmonieux en lignes diagonales. Cet appareil est plus souvent utilisé pour les murs de parement.
  • L'opus quasi reticulatum dans lequel les pierres sont posées en damier diagonal irrégulier.
  • L'opus mixtum où plusieurs assises de moellons de pierres alternent avec plusieurs couches de briques plates.
  • L'opus vittatum est utilisé pour les murs de parement faits de petits moellons rectangulaires en pierre, disposés en assises régulières alternées.
  • L'opus latericium fait entièrement de briques en terre crue, ou testaceum fait de briques en terre cuite.
  • L'opus sectile est un assemblage de carreaux de marbres qui ressemble à la mosaïque

Exemple d'un mur en opus mixtum




Les murs épais étaient fait de deux beaux parements entre lesquels on remplissait l'espace vide de mortier, de pierres et de briques du tout-venant.
Voici ce qu'écrivait Vitruve :

« Il est une troisième manière, que l'on appelle ἔμπλεκτον, dont se servent nos villageois. Les pierres qui forment les parements sont unies. On remplit le milieu avec du mortier, dans lequel on jette pêle-mêle des pierres, sans autre liaison que celle que leur donne le hasard. Mais nos maçons, pour accélérer leur travail, font des assises composées de plusieurs pierres superposées, et n'ont égard qu'aux parements, dont ils garnissent l'intérieur avec des fragments de moellons qu'ils mêlent avec le mortier. Aussi y a-t-il dans cette espèce de maçonnerie trois couches de mortier, deux pour l'enduit des parements, et la troisième au milieu pour le blocage. »

(Vitruve : De l'architecture. Tome premier / trad. nouvelle par M. Ch.-L. Maufras, C. L. F. Panckoucke, 1847)

Quant aux cloisons intérieures, elles pouvaient être faites de torchis sur lesquels étaient ensuite appliqué un enduit peint.
Alors que les murs extérieurs en pierres étaient le plus souvent revêtus d'un crépi, on appliquait un enduit sur les murs intérieurs.
Pour une décoration plus sophistiquée, on faisait appel à des artisans itinérants spécialisés dans la pose de mosaïques ou dans la réalisation de fresques et de décors peints.
On a retrouvé des traces d'enduits peints, même dans les villas les plus rustiques du nord de la Gaule !
Les rares découvertes de fragments de verre à vitre confirment que ce matériau était utilisé pour obturer les ouvertures de fenêtres. Il est aussi possible que de fines peaux de bêtes, plus ou moins transparentes, étaient utilisées pour fermer certaines ouvertures. Enfin, quelques bas-reliefs nous montrent que de lourdes tentures étaient utilisées pour fermer certaines pièces de l'habitat.

Bas-relief du Musée d'Arlon avec toiture en ardoise et une tenture




Janvier 2020
Ph. Laval