" Tels sont les tableaux qui se déroulent sur la longue étendue des eaux, à la vue des villas qui penchent suspendues à la crête des roches." (Ausone, Mosella)
Présentation
Même si l'Antiquité romaine fut une période rude et souvent implacable pour beaucoup d'êtres humains, nous ne pouvons nier que dans de nombreux domaines la civilisation romaine fut innovante et même fascinante. Si Rome a conquis nos terres à la force du glaive pour imposer ensuite son pouvoir sous la férule des légions et de son administration centralisée, elle nous a aussi légué sa culture et, pour ce qui nous intéresse dans ce blog, son savoir-faire en matière d'urbanisme, d'architecture et de construction. C'est précisément ce domaine des habitations romaines typiques des campagnes, les villae, que je vous invite à découvrir ensemble.
A
la différence de l'illustration archéologique qui évoque d'une
manière esthétique un objet ancien ou un lieu historique, le
dessinateur en archéologie s'attache plutôt à restituer de façon
précise et détaillée un relevé de fouille et le mobilier
archéologique mis au jour sur le site en question. Le travail de
chacun se complétant harmonieusement : l'un apportant la
rigueur scientifique et l'autre la suggestion artistique.
Bien
mieux qu'une photo, le dessin archéologique s'avère indispensable
lors d'une campagne de fouilles. Un site mis à nu et excavé sera
inévitablement détruit, complétement ou en partie, au cours de la
fouille. Les relevés détaillés en plan et profil constitueront les
seuls documents d'étude mis à disposition de l'archéologue avec
les photos et les notes du rapport de fouille. Les dessins des
relevés, des coupes et des éléments architecturaux permettront de
comprendre l'évolution chronologique du site, avec ses différents
niveaux stratigraphiques, l'emplacement précis des artéfacts découverts et les différentes structures du terrain fouillé.
Ensuite, le dessin mis au net illustrera utilement le rapport final
de la fouille lors d'une publication ultérieure. Le dessin pourra
également servir à établir une représentation en 3D du site grâce
à la photogrammétrie.
Pour
les objets, le dessin est incontestablement plus précis que la
photo. Il restitue l'objet aux dimensions exactes ou à l'échelle et
souligne les détails, que le cliché ne peut laisser apparaître,
grâce aux conventions utilisées en dessin archéologique (traits de
polissage, de brisures, de coupe, etc.). Ici
aussi, il constituera un document de base pour une restitution en 3D
par la photogrammétrie.
Le
plus souvent, le(la) dessinateur(trice) en archéologie est également
archéologue de formation, mais pas toujours. Quoi qu'il en soit,
cette discipline requiert un certain talent pour le dessin et surtout
beaucoup de rigueur pour être capable de restituer le plus
fidèlement possible un relevé ou un objet.
Construite
autour de 170 de notre ère et couvrant 16 ha, la villa
rustica d’Orbe-Boscéaz est le plus grand domaine
rural connu en Suisse à l’époque romaine. La luxueuse
résidence du propriétaire avait des dimensions exceptionnelles, 230
x 90 m, et elle était organisée autour de cinq cours, dont les deux
principales étaient entourées de galeries à colonnes.
Des
bains privés, équipés de bassins chauffés, étaient rattachés à
cette partie résidentielle. Plusieurs pièces, de réception ou
d’usage privé, étaient décorées de riches mosaïques au sol.
L’ensemble était desservi par un système complet d’alimentation
et d’évacuation d’eau, et certains tronçons d’égouts sont
encore très bien conservés.
Le
mur d’enceinte du domaine formait un carré d’environ 400 mètres
de côté, et plusieurs bâtiments liés à l’exploitation du
domaine y étaient accolés. A l’ouest du mur d’enceinte, un
temple dédié au dieu perse Mithra a été construit au début du
IIIème siècle.
De
1986 à 2004, le site a été le chantier école de l'Institut
d'Archéologie et des Sciences de l'Antiquité de l'Université de
Lausanne, et c'est durant cette période que l'intégralité de la
partie résidentielle a pu être étudiée. Les ouvrages Urba
1et
Urba
2,
qui sont les publications finales de ces fouilles, sont en vente au
pavillon d'accueil.
Maquette
de la villa (restitution hypothétique)
Photo: Sylvain Gailloud
Les
mosaïques
Neuf
mosaïques, découvertes au XIXème et au XXème siècles, sont les
seuls vestiges actuellement visibles de cet important établissement.
Elles sont le plus bel ensemble de mosaïques romaines connu au nord
des Alpes. Conservées à leur emplacement d’origine sous plusieurs
pavillons, elles offrent une grande variété de décors comme la
mythologie ou encore des compositions géométriques. Un pavillon
d’accueil présente une exposition avec une maquette de la partie
résidentielle et une animation multimédia.
Pavillon
4 : mosaïque 8
Ornant
une pièce de repos appartenant à l'aile thermale, cette mosaïque
est l'une des plus belles et aussi l'une des mieux conservées du
site. Les divinités de la semaine (Luna, Mars, Mercure, Jupiter,
Vénus, Saturne, Sol) sont représentées dans des médaillons
hexagonaux, de même que différentes figures mythologiques (Tritons
et Néréides, Ganymède, Narcisse). Les angles sont occupés par le
buste des saisons et les bords par des scènes de chasse.
Le
pavillon abrite également trois bornes milliaires découvertes dans
la région.
Photo: Fibbi-Aeppli, Grandson
Pavillon
3 : mosaïques 6 et 7
Ce
pavillon abrite deux mosaïques partiellement conservées qui
décoraient des pièces probablement destinées à la réception des
hôtes du propriétaire du domaine. La partie conservée de la
mosaïque 6, dite du Cortège rustique, représente de gauche à
droite un chariot tiré par deux bœufs et conduit par un
charretier ; un oiseleur tenant un pot de glu et des baguettes ;
un troisième personnage (berger ou chasseur) jouant de la corne. Il
y a eu plusieurs interprétations pour cette mosaïque, et la plus
probable y voit la mosaïque complète comme un calendrier et la
scène conservée représenterait la saison hivernale.
Photo: Sylvain Gailloud
La
mosaïque 7, représentant un décor géométrique avec des cubes en trompe-l'œil, décorait un couloir qui donnait accès à la pièce
de la mosaïque 6.
Photo: Sylvain Gailloud
Pavillon
2 : mosaïques 4 et 5
Ces
mosaïques, ayant un décor illustrant des récits de la mythologie
gréco-romaine, ornaient des pièces de l'appartement privé du
propriétaire du domaine. La mosaïque 5 représente le labyrinthe,
de forme carrée, avec en son centre le combat de Thésée et du
Minotaure. Cette scène, connue par une lithographie réalisée peu
après sa découverte, est malheureusement perdue suite au
recouvrement de la mosaïque et sa redécouverte bien des années
plus tard. Sur un côté, une bande à décor géométrique indique
l'emplacement probable d'un lit.
La
mosaïque n° 4, dite du Triton, était l'une des plus grandes et
aussi l'une des plus belles de la villa. Malheureusement, elle a été
en grande partie détruite quelques mois après sa découverte, et il
n'en reste plus que quelques fragments, dont la plupart sont
conservés sur place. Une lithographie, réalisée avant sa
destruction, nous permet de connaître son aspect d'origine. La
partie principale était composée de plusieurs médaillons avec des
animaux, les saisons, Thésée et Ariane, Orphée, Ménade ainsi que
des motifs floraux. La mosaïque avait une bordure avec des motifs
végétaux et une abside ayant des motifs marins, dont un triton.
Photo: Sylvain Gailloud
Pavillon
1 : mosaïques 1, 2 et 3
Ce
pavillon abrite la mosaïque 2, entièrement conservée, ainsi les
mosaïques 1 et 3 dont seuls quelques fragments sont conservés. Ces
trois mosaïques ornaient des pièces de réception dans la partie
résidentielle. La pièce de la mosaïque 2 servait de vestibule pour
accéder au deux autres pièces. La mosaïque, dite "à feuilles
de laurier" est composée de fuseaux et de carrés noirs et
blancs. Les pièces des mosaïques 1 et 3 avaient une abside sur le
côté Nord et étaient très probablement des salles à manger. La
mosaïque 1 avait sa partie principale composée de médaillons
carrés à décor géométrique et entourée d'une bordure de
guillochis. Le décor de l'abside est uniquement connu par deux
fragments de la bordure tressée. La mosaïque 3, dont il ne reste
que l'angle sud-ouest, était composée de médaillons carrés avec
des motifs floraux et une bordure tressée à double brin.
Pavillon
5 : mosaïque 9
La
mosaïque 9, dite "d'Achille à Skyros", a été découverte
en 1993 lors des fouilles de l'Université de Lausanne. Cette
mosaïque ornait le sol d'une salle interprétée comme une
bibliothèque. Elle est composée de deux tableaux centraux entourés
par trente médaillons de motifs variés. Les tableaux centraux
évoquent un épisode particulier de la guerre de Troie : Ulysse
démasquant Achille sur l'île de Skyros. Dans le tableau supérieur,
Ulysse portant un armement double et accompagné par un esclave
jouant du tuba. Dans le tableau inférieur, Achille au milieu du
gynécée, portant des armes et accompagné par sa fiancée.
Photo: Jean-Paul Guinnard
Cette
mosaïque étant en cours de restauration, il n'est possible de la
voir que lors d'événements ponctuels comme les journées portes
ouvertes organisées par l'association Pro Urba. Un panneau
d'information sur cette mosaïque est visible dans le pavillon 2
Comme
l'année dernière à la même période, je voudrais vous présenter
un illustrateur en archéologie, dont j'apprécie beaucoup les
aquarelles et les pastels pour la finesse du dessin, le choix des
couleurs et le souci du détail apporté par l'artiste.
Benoît
Clarys
est né en 1958 à Standerton en Afrique du Sud. Il déménage avec
ses parents dans le nord de la France, quand il a deux ans. Durant
son enfance, il parcours la campagne et commence à s'intéresser à
la préhistoire, lorsqu'il découvre des pierres taillées par les
Néandertaliens au beau milieu des champs.
Passionné
par le dessin, il s'inscrit à l'Ecole supérieure des Arts de
Saint-Luc, puis, après ses humanités artistiques, il poursuit ses
études dans la section « Communication visuelle » à
Tournai.
De
1983 à 1996, il travaille comme illustrateur publicitaire
indépendant à Bruxelles et, à l'occasion de nouvelles rencontres,
il redécouvre son intérêt pour l'archéologie en 1985. Il réussit
alors à marier sa passion à sa profession à partir de 1989.
Depuis,
il travaille pour de nombreux musées européens, dont celui du
Malgré-tout à Treignes en Belgique, les Musées d'Histoire et d'Art
et des Sciences Naturelles au Luxembourg, le Musée cantonal de Zug
en Suisse, ou encore pour le Musée Archéologique de Reinach et le
Landesmuseum Wurttemberg en Allemagne, le Musée des Sciences
Naturelles de Paris, puis ceux d'Arras, de Boulogne-sur-Mer, de
Saint-Dizier, de Nantes, Le Grand site de l'Aven d'Orgnac, le Musée
de la Préhistoire d'Ile de France à Nemours, etc. Il réalise
également des illustrations pour des livres, des revues spécialisées
et pour des articles archéologiques. Toute une série de cartes
postales reproduisant ses œuvres sont disponibles dans plusieurs
musées et librairies spécialisées.
Aujourd'hui,
il vit en Ardèche et continue de vivre sa passion.
Si
son domaine de prédilection reste avant tout la préhistoire, Benoît
Clarys a également réalisé plusieurs illustrations évoquant la
période gallo-romaine. En voici quelques-unes :