Présentation

Même si l'Antiquité romaine fut une période rude et souvent implacable pour beaucoup d'êtres humains, nous ne pouvons nier que dans de nombreux domaines la civilisation romaine fut innovante et même fascinante. Si Rome a conquis nos terres à la force du glaive pour imposer ensuite son pouvoir sous la férule des légions et de son administration centralisée, elle nous a aussi légué sa culture et, pour ce qui nous intéresse dans ce blog, son savoir-faire en matière d'urbanisme, d'architecture et de construction. C'est précisément ce domaine des habitations romaines typiques des campagnes, les villae, que je vous invite à découvrir ensemble.

dimanche 1 novembre 2020

Le dessin archéologique

A la différence de l'illustration archéologique qui évoque d'une manière esthétique un objet ancien ou un lieu historique, le dessinateur en archéologie s'attache plutôt à restituer de façon précise et détaillée un relevé de fouille et le mobilier archéologique mis au jour sur le site en question. Le travail de chacun se complétant harmonieusement : l'un apportant la rigueur scientifique et l'autre la suggestion artistique.

Bien mieux qu'une photo, le dessin archéologique s'avère indispensable lors d'une campagne de fouilles. Un site mis à nu et excavé sera inévitablement détruit, complétement ou en partie, au cours de la fouille. Les relevés détaillés en plan et profil constitueront les seuls documents d'étude mis à disposition de l'archéologue avec les photos et les notes du rapport de fouille. Les dessins des relevés, des coupes et des éléments architecturaux permettront de comprendre l'évolution chronologique du site, avec ses différents niveaux stratigraphiques, l'emplacement précis des artéfacts découverts et les différentes structures du terrain fouillé. Ensuite, le dessin mis au net illustrera utilement le rapport final de la fouille lors d'une publication ultérieure. Le dessin pourra également servir à établir une représentation en 3D du site grâce à la photogrammétrie.

Pour les objets, le dessin est incontestablement plus précis que la photo. Il restitue l'objet aux dimensions exactes ou à l'échelle et souligne les détails, que le cliché ne peut laisser apparaître, grâce aux conventions utilisées en dessin archéologique (traits de polissage, de brisures, de coupe, etc.). Ici aussi, il constituera un document de base pour une restitution en 3D par la photogrammétrie.

Le plus souvent, le(la) dessinateur(trice) en archéologie est également archéologue de formation, mais pas toujours. Quoi qu'il en soit, cette discipline requiert un certain talent pour le dessin et surtout beaucoup de rigueur pour être capable de restituer le plus fidèlement possible un relevé ou un objet.

Vidéo :


 

Ph. Laval

jeudi 1 octobre 2020

Une villa romaine au pays des Helvètes

Introduction

Construite autour de 170 de notre ère et couvrant 16 ha, la villa rustica d’Orbe-Boscéaz est le plus grand domaine rural connu en Suisse à l’époque romaine. La luxueuse résidence du propriétaire avait des dimensions exceptionnelles, 230 x 90 m, et elle était organisée autour de cinq cours, dont les deux principales étaient entourées de galeries à colonnes.

Des bains privés, équipés de bassins chauffés, étaient rattachés à cette partie résidentielle. Plusieurs pièces, de réception ou d’usage privé, étaient décorées de riches mosaïques au sol. L’ensemble était desservi par un système complet d’alimentation et d’évacuation d’eau, et certains tronçons d’égouts sont encore très bien conservés.

Le mur d’enceinte du domaine formait un carré d’environ 400 mètres de côté, et plusieurs bâtiments liés à l’exploitation du domaine y étaient accolés. A l’ouest du mur d’enceinte, un temple dédié au dieu perse Mithra a été construit au début du IIIème siècle.

De 1986 à 2004, le site a été le chantier école de l'Institut d'Archéologie et des Sciences de l'Antiquité de l'Université de Lausanne, et c'est durant cette période que l'intégralité de la partie résidentielle a pu être étudiée. Les ouvrages Urba 1 et Urba 2, qui sont les publications finales de ces fouilles, sont en vente au pavillon d'accueil.

Maquette de la villa (restitution hypothétique)


                              
Photo: Sylvain Gailloud

Les mosaïques

Neuf mosaïques, découvertes au XIXème et au XXème siècles, sont les seuls vestiges actuellement visibles de cet important établissement. Elles sont le plus bel ensemble de mosaïques romaines connu au nord des Alpes. Conservées à leur emplacement d’origine sous plusieurs pavillons, elles offrent une grande variété de décors comme la mythologie ou encore des compositions géométriques. Un pavillon d’accueil présente une exposition avec une maquette de la partie résidentielle et une animation multimédia.

Pavillon 4 : mosaïque 8

Ornant une pièce de repos appartenant à l'aile thermale, cette mosaïque est l'une des plus belles et aussi l'une des mieux conservées du site. Les divinités de la semaine (Luna, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne, Sol) sont représentées dans des médaillons hexagonaux, de même que différentes figures mythologiques (Tritons et Néréides, Ganymède, Narcisse). Les angles sont occupés par le buste des saisons et les bords par des scènes de chasse.

Le pavillon abrite également trois bornes milliaires découvertes dans la région.


                                       
 Photo: Fibbi-Aeppli, Grandson


Pavillon 3 : mosaïques 6 et 7

Ce pavillon abrite deux mosaïques partiellement conservées qui décoraient des pièces probablement destinées à la réception des hôtes du propriétaire du domaine. La partie conservée de la mosaïque 6, dite du Cortège rustique, représente de gauche à droite un chariot tiré par deux bœufs et conduit par un charretier ; un oiseleur tenant un pot de glu et des baguettes ; un troisième personnage (berger ou chasseur) jouant de la corne. Il y a eu plusieurs interprétations pour cette mosaïque, et la plus probable y voit la mosaïque complète comme un calendrier et la scène conservée représenterait la saison hivernale.


                                                   
Photo: Sylvain Gailloud

La mosaïque 7, représentant un décor géométrique avec des cubes en trompe-l'œil, décorait un couloir qui donnait accès à la pièce de la mosaïque 6.


                                       
 Photo: Sylvain Gailloud


Pavillon 2 : mosaïques 4 et 5

Ces mosaïques, ayant un décor illustrant des récits de la mythologie gréco-romaine, ornaient des pièces de l'appartement privé du propriétaire du domaine. La mosaïque 5 représente le labyrinthe, de forme carrée, avec en son centre le combat de Thésée et du Minotaure. Cette scène, connue par une lithographie réalisée peu après sa découverte, est malheureusement perdue suite au recouvrement de la mosaïque et sa redécouverte bien des années plus tard. Sur un côté, une bande à décor géométrique indique l'emplacement probable d'un lit.

La mosaïque n° 4, dite du Triton, était l'une des plus grandes et aussi l'une des plus belles de la villa. Malheureusement, elle a été en grande partie détruite quelques mois après sa découverte, et il n'en reste plus que quelques fragments, dont la plupart sont conservés sur place. Une lithographie, réalisée avant sa destruction, nous permet de connaître son aspect d'origine. La partie principale était composée de plusieurs médaillons avec des animaux, les saisons, Thésée et Ariane, Orphée, Ménade ainsi que des motifs floraux. La mosaïque avait une bordure avec des motifs végétaux et une abside ayant des motifs marins, dont un triton.


                                        
Photo: Sylvain Gailloud


Pavillon 1 : mosaïques 1, 2 et 3

Ce pavillon abrite la mosaïque 2, entièrement conservée, ainsi les mosaïques 1 et 3 dont seuls quelques fragments sont conservés. Ces trois mosaïques ornaient des pièces de réception dans la partie résidentielle. La pièce de la mosaïque 2 servait de vestibule pour accéder au deux autres pièces. La mosaïque, dite "à feuilles de laurier" est composée de fuseaux et de carrés noirs et blancs. Les pièces des mosaïques 1 et 3 avaient une abside sur le côté Nord et étaient très probablement des salles à manger. La mosaïque 1 avait sa partie principale composée de médaillons carrés à décor géométrique et entourée d'une bordure de guillochis. Le décor de l'abside est uniquement connu par deux fragments de la bordure tressée. La mosaïque 3, dont il ne reste que l'angle sud-ouest, était composée de médaillons carrés avec des motifs floraux et une bordure tressée à double brin.

Pavillon 5 : mosaïque 9

La mosaïque 9, dite "d'Achille à Skyros", a été découverte en 1993 lors des fouilles de l'Université de Lausanne. Cette mosaïque ornait le sol d'une salle interprétée comme une bibliothèque. Elle est composée de deux tableaux centraux entourés par trente médaillons de motifs variés. Les tableaux centraux évoquent un épisode particulier de la guerre de Troie : Ulysse démasquant Achille sur l'île de Skyros. Dans le tableau supérieur, Ulysse portant un armement double et accompagné par un esclave jouant du tuba. Dans le tableau inférieur, Achille au milieu du gynécée, portant des armes et accompagné par sa fiancée.


                                           
Photo: Jean-Paul Guinnard

Cette mosaïque étant en cours de restauration, il n'est possible de la voir que lors d'événements ponctuels comme les journées portes ouvertes organisées par l'association Pro Urba. Un panneau d'information sur cette mosaïque est visible dans le pavillon 2

Source et info pour visiter le site Pro-Urba : https://www.pro-urba.ch/

Je remercie Messieurs Sylvain Gailloud (http://www.archeoplus.ch/fr/presentation-fr.htm ) Fibbi-Aeppli, Grandson et Jean-Paul Guinnard  pour leurs photos.

Vidéo :


mardi 1 septembre 2020

L'avantage de vivre à la campagne au IVe siècle

Qui, mieux que le poète Ausone, aurait pu nous décrire la vie tumultueuse de Burdigala et l'avantage de pouvoir vivre à la campagne ? ...



samedi 1 août 2020

Un illustrateur en archéologie de talent !

Comme l'année dernière à la même période, je voudrais vous présenter un illustrateur en archéologie, dont j'apprécie beaucoup les aquarelles et les pastels pour la finesse du dessin, le choix des couleurs et le souci du détail apporté par l'artiste.

Benoît Clarys est né en 1958 à Standerton en Afrique du Sud. Il déménage avec ses parents dans le nord de la France, quand il a deux ans. Durant son enfance, il parcours la campagne et commence à s'intéresser à la préhistoire, lorsqu'il découvre des pierres taillées par les Néandertaliens au beau milieu des champs. 

Passionné par le dessin, il s'inscrit à l'Ecole supérieure des Arts de Saint-Luc, puis, après ses humanités artistiques, il poursuit ses études dans la section « Communication visuelle » à Tournai.

De 1983 à 1996, il travaille comme illustrateur publicitaire indépendant à Bruxelles et, à l'occasion de nouvelles rencontres, il redécouvre son intérêt pour l'archéologie en 1985. Il réussit alors à marier sa passion à sa profession à partir de 1989.

Depuis, il travaille pour de nombreux musées européens, dont celui du Malgré-tout à Treignes en Belgique, les Musées d'Histoire et d'Art et des Sciences Naturelles au Luxembourg, le Musée cantonal de Zug en Suisse, ou encore pour le Musée Archéologique de Reinach et le Landesmuseum Wurttemberg en Allemagne, le Musée des Sciences Naturelles de Paris, puis ceux d'Arras, de Boulogne-sur-Mer, de Saint-Dizier, de Nantes, Le Grand site de l'Aven d'Orgnac, le Musée de la Préhistoire d'Ile de France à Nemours, etc. Il réalise également des illustrations pour des livres, des revues spécialisées et pour des articles archéologiques. Toute une série de cartes postales reproduisant ses œuvres sont disponibles dans plusieurs musées et librairies spécialisées.

Aujourd'hui, il vit en Ardèche et continue de vivre sa passion.

Si son domaine de prédilection reste avant tout la préhistoire, Benoît Clarys a également réalisé plusieurs illustrations évoquant la période gallo-romaine. En voici quelques-unes :
















Lien : http://www.benoit-clarys.com/

Août 2020

Ph. Laval