Villas romaines d'ici et d'ailleurs
" Tels sont les tableaux qui se déroulent sur la longue étendue des eaux, à la vue des villas qui penchent suspendues à la crête des roches." (Ausone, Mosella)
Présentation
Même si l'Antiquité romaine fut une période rude et souvent implacable pour beaucoup d'êtres humains, nous ne pouvons nier que dans de nombreux domaines la civilisation romaine fut innovante et même fascinante. Si Rome a conquis nos terres à la force du glaive pour imposer ensuite son pouvoir sous la férule des légions et de son administration centralisée, elle nous a aussi légué sa culture et, pour ce qui nous intéresse dans ce blog, son savoir-faire en matière d'urbanisme, d'architecture et de construction. C'est précisément ce domaine des habitations romaines typiques des campagnes, les villae, que je vous invite à découvrir ensemble.
samedi 15 mars 2025
Une villa en Provence
vendredi 1 novembre 2024
Une villa mise au jour grâce à des mosaïques
"C'est exceptionnel" : des archéologues découvrent l'une des plus grandes villas gallo-romaines grâce à des mosaïques antiques
Écrit par América Lopez
Publié le 13/10/2024 à 18h00
Lors de fouilles sur le site de l'Abbaye St-Jean de Sorde dans les Landes, des archéologues de Bordeaux et de Pau ont mis au jour des mosaïques du 5ᵉ siècle après JC. Et, ils ont découvert par la même occasion la présence d'un palais campagnard de l'époque gallo-romaine mesurant entre 3 000 et 5 000 m². Une découverte scientifique majeure pour la région, car les grandes villas de cette période sont très rares dans le sud de l'Aquitaine.
Laurent Callegarin, spécialiste de l'Antiquité (à gauche), Simon Chassin, archéologue (au centre) et Louis Lopeteguy, archéologue (à droite) devant le sondage archéologique dans le cloître médiéval de l'abbaye de Sorde, dans les Landes, dimanche 13 octobre 2024. • © Laurent Callegarin
"C'est une vraie surprise" se réjouit Laurent Callegarin, professeur d'histoire et d'archéologie de l'université de Pau. Ce spécialiste de l'Antiquité et des mondes anciens a participé à un projet collectif de recherche consacré à des fouilles à l'Abbaye Saint-Jean de Sorde, dans le sud des Landes qui se déroulent jusqu'au 25 octobre.
Un motif rare de mosaïque antique découverte sur le site de l'abbaye de Sorde, dimanche 13 octobre 2024. • © Laurent Callegarin
Projet "Sordus"
Ce projet de fouilles s'appelle Sordus et rassemble des archéologues, des historiens, des architectes, ou encore des géologues. Leur mission est de fouiller les sols de l'Abbaye Saint-Jean de Sorde où se sont succédé et superposées trois périodes historiques. Une villa gallo-romaine du 3ᵉ et 4ᵉ siècles après JC, un monastère médiéval qui s'est implanté sur la villa à partir du 10ᵉ siècle jusqu'à la fin du Moyen Âge, puis son architecture a été "modernisée" par une congrégation de Bénédictins de Paris à partir du 17ᵉ siècle qui restera jusqu'à la Révolution française. Tout un programme. Ce site remarquable en Nouvelle-Aquitaine est classé.
L'abbaye de Sorde dans les Landes. Ces nouvelles fouilles archéologiques se sont déroulées sur la partie en herbe du côté du Gave. Sous le site du monastère construit au 10ᵉ siècle, se trouve une immense villa gallo-romaine de plusieurs milliers de m2, sans doute une des plus grandes de la région. • © capture Google maps
Louis Lopeteguy, un jeune chercheur archéologue en doctorat de l'université de Bordeaux et de l'entreprise Hades archéologie, a fait une précieuse découverte pour le patrimoine régional. Au niveau de la galerie nord du cloître de l'abbaye, sous des sépultures maçonnées de l'époque moderne, l'archéologue a trouvé une série de mosaïques romaines géométriques et des fresques de la villa gallo-romaine enfouie. "Ces mosaïques représentent des tresses, des entrelacs, des motifs végétaux, du lierre et des fleurs typiques de l'école des mosaïstes d'Aquitaine de la fin de l'Antiquité", explique-t-il. Ces mosaïques décoraient une des salles de l'ancienne résidence antique. Mais la nouveauté n'est pas là.
Un palais campagnard d'envergure
La présence d'une villa gallo-romaine enfouie sous l'Abbaye St-Jean de Sorde est connue depuis les années 1960, date des premières fouilles scientifiques sur le site. En revanche, personne ne connaissait sa superficie. "La nouveauté, c'est que l'on s'attendait à trouver des vestiges des anciennes écuries ou des forges situées en dehors de la villa. Or, les mosaïques sont celle de l'une des pièces à vivre. On est en présence d'un palais campagnard de plusieurs milliers de mètres carrés, entre 3 000 et 5 000 m² peut-être, qui s'étire tout le long du Gave, s'enthousiasme Laurent Callegarin, avec une salle de bains de 300 m², équipée de piscines, de baignoires, etc. C'est exceptionnel !"
''On vient de lever une villa d'envergure. Elle devait appartenir à un aristocrate qui vivait à Dax et venait ici à la campagne. C'est exceptionnel !''
Laurent Callegarin,
professeur d'histoire et d'archéologie université de Pau (Pyrénées-Atlantiques)
Il faut imaginer dans ce palais campagnard, la présence d'une famille élargie avec des métayers et des petits fermiers. "Ce devait être un grand aristocrate dont le palais s'étalait sur la totalité du village de Sorde-L'Abbaye". Ce qui fait de cette villa l'une des plus vastes d'Aquitaine. "Les grandes villas gallo-romaines de ce type sont nombreuses autour de Bordeaux et dans le Gers, mais ce modèle de ferme est rare dans les Landes et dans le Pays basque", précise le professeur.
Valorisation de la richesse patrimoniale
Cette découverte a attiré entre 200 et 300 curieux ce week-end des 12 et 13 octobre. Des chanceux qui ont pu voir les mosaïques exhumées du lointain passé. "Il faut refermer les fouilles en début de semaine. Leur intérêt est scientifique, mais elles n'ont pas vocation à être exposées au public durablement. Nous allons les recouvrir avec un géotextile donc elles pourront être rouvertes si besoin. Et nous allons réaliser un modèle 3D qui sera présenté aux visiteurs de l'abbaye d'ici à deux ans, et qui permettra de se rendre compte de l'envergure de la villa gallo-romaine qui est sous nos pieds", précise l'universitaire de Pau.
L'Abbaye Saint-Jean de Sorde est classée aux Monuments historiques et inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco au titre des Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France. Ce site historique se visite toute l'année.
Lien vers l'article du journal :
mercredi 4 septembre 2024
Les instruments de mesure chez les Romains
Ma visite du stand de l'asbl ''Villa de Mageroy''1, lors de la fête gallo-romaine ''Veni Vidi Orolaunum'' à Arlon au début septembre, m'a donné envie de présenter les principaux instruments utilisés par les bâtisseurs des villas romaines et des routes qui conduisaient à leurs domaines. Mais commençons d'abord par un petit lexique.
Un peu de vocabulaire
Agrimensor : nom donné à l'arpenteur officiel romain chargé de délimiter les terres entre les colons qui s'installaient sur le territoire conquis,
Centuriation : morcellement du territoire à l'époque romaine pour la mise en culture et l'urbanisation,
Centurie : unité de la centuriation valant vingt actus de côté (710,40 mètres) ; ce qui représentait une superficie d'un peu plus de 50 ha.,
Cardo maximus : ligne Sud-Nord principale de la cadastration dans les villes et les campagnes,
Cultellatio : méthode de mesure d'une surface pentue ou très accidentée en calculant par palier sa projection sur un plan horizontal. L'outil principal utilisé était le chorobate.
Curator aquarum : administrateur du service des eaux,
Decempedator : perche de dix pieds (2,944 m) servant à mesurer les longueurs de courtes distances,
Decumanus maximus : ligne Est-Ouest principale de la cadastration, perpendiculaire au Cardo,
Finitor : Cicéron mentionne dans ses écrits le finitor qui serait un architecte,
Fundus : propriété rurale avec bâtiments résidentiels et d'exploitations,
Gromaticus : opérateur qui utilise la groma comme outil principal,
Librator : un ingénieur et géomètre arpenteur au service du génie militaire et/ou spécialiste dans le calcul des dénivellations de terrain et dans la construction des aqueducs, dont il calculait la pente pour un bon écoulement de l'eau dans les canalisations.
Pour la construction des villas
La corde à treize nœuds
Déjà utilisée par les Egyptiens il y a 4 000 ans, la corde à treize nœuds est un outil rudimentaire qui permet néanmoins de tracer différentes formes géométriques avec une certaine précision.
Les douze intervalles identiques séparés par les nœuds de la corde offrent la possibilité de réaliser par combinaison des triangles isocèles, rectangles, équilatéraux, des carrés, des losanges, des rectangles, des cercles, des arcs de cercle (pour les voutes par exemple), et elle sert également à mesurer des distances.
Pour le maçon de l'Antiquité, qui était rarement un lettré, l'utilisation judicieuse de la corde lui permettait de vérifier la perpendicularité des murs d'une construction. Sans savoir probablement qui était Pythagore, l'ouvrier se servait de la corde en formant un triangle rectangle dont chacun sait qu'un de ses angles vaut 90°. La règle des ''3/4/5'' (ou ''6/8/10''), qui n'est autre qu'une application du théorème de Pythagore, leur était connue; soit : a2 + b2 = c2 => 32 (intervalles) + 42 (intervalles) = 52 (intervalles), et bien sûr : 3 intervalles + 4 intervalles + 5 intervalles = 12 intervalles.
L'archipendule
Connu également depuis l'Antiquité, cet outil est un niveau de maçon et de charpentier permettant de vérifier l'horizontalité d'une surface plane. Alors que le fil à plomb indique la verticalité d'une structure, celui-ci, partant de l'angle droit de l'équerre, indique que le plan est de niveau s'il est positionné au centre de la traverse.
Le compas
Le compas est un instrument de géométrie, également très ancien, servant aussi bien à tracer des cercles et des arcs de cercle, qu'à déterminer des médiatrices, le milieux de deux points et à tracer des angles droits. Il sert également à mesurer des longueurs, d'où l'origine de son nom en bas latin ''compassare'' signifiant ''mesurer avec le pas''.
Il est utilisé depuis toujours par les maçons, les charpentiers, les architectes, les marins et les arpenteurs.
Pour les chaussées et les aqueducs
La dioptra
La dioptra est un instrument ancien utilisé en astronomie et pour l'arpentage. Il date au moins du IIIe siècle avant Jésus-Christ. La dioptra est un tube de visée ou, à défaut, une tige avec un œilleton à ses deux extrémités, attaché à un pied fixe. Si elle est munie d'un rapporteur, elle peut être utilisée pour mesurer les angles.
La première dioptra était un simple instrument de visée horizontal, constitué d’un triangle isocèle dont la base sert de visée. La pointe, jonction des deux côtés égaux, est positionnée en bas et sert de repère au fil à plomb. Lorsque celui-ci est dans l’alignement de la pointe, la visée à travers les deux œilletons est parfaitement horizontale.
La première évolution, due à l’ingénieur Héron d'Alexandrie, fut de remplacer ce triangle par un demi-disque gradué comme un rapporteur. Le système est fiché dans le sol après avoir déterminé le niveau grâce au fil à plomb, puis la rotation de la réglette permet de choisir l’angle désiré, toujours en fonction du fil à plomb.
Une seconde évolution, fut l’adjonction dans le plan horizontal d’un second disque, gradué à 360°, qui permit d’obtenir deux orientations angulaires précises. (Source : Wikipedia)
Restitution du schéma de fonctionnement de la dioptra, par J.-P. Adam.
Le chorobate
Destiné aux travaux de nivellement, le chorobate est décrit ainsi : '' Le chorobate est formé d'une règle d'environ vingt pieds ; elle porte à ses extrémités deux pièces coudées parfaitement égales, ajustées à angle droit ; entre la règle et ses crosses s’étendent des traverses sur lesquelles sont tracées des lignes perpendiculaires correspondant chacune à un fil à plomb suspendu à la règle. Ces fils, quand la règle est en place, s'appliquant exactement et également sur les lignes tracées, font voir que l'instrument est bien de niveau. Pour le cas où le vent s’opposerait par oscillation des fils à la netteté des indications on peut ménager sur la surface supérieure de la règle un canal long de cinq pieds, large d'un doigt et profond d'un demi-doigt destiné à être rempli d'eau. Si l'eau touche également les extrémités du canal on saura que l'instrument est bien de niveau.
Sur le terrain, la mise en station se faisait en plaçant sous l'une des extrémités du chorobate des cales pour obtenir une horizontalité parfaite de l'instrument. La visée du nivellement pouvait alors être effectuée par le librator - géomètre niveleur - en plaçant l’œil au niveau de la règle, dans l'axe des deux œilletons facilitant les alignements. Ce procédé nécessite de placer le jalon de mesure à une distance variable, tel que l'opérateur du chorobate la voit affleurer sa ligne de mire. La lecture peut se faire par visées avant et arrière avec mesures de hauteur du point visé. (Source : La construction romaine. Jean-Pierre Adam, 1984).
Restitution graphique du chorobate, d'après la description de Vitruve, par J.-P. Adam.
La groma
La groma était une équerre optique d’arpenteur permettant de diviser l’espace en quatre quadrants. Elle était utilisée par le gromaticus pour tracer des lignes droites et des lignes perpendiculaires à ces droites. On connait son existence par des textes, la découverte des vestiges d'une groma à Pompéi et sa représentation sur deux stèles funéraires ; l'une à Ivrea au Val d'Aoste et l'autre à Pompéi.
La partie supérieure de l’instrument est composée d’une croix à 4 branches perpendiculaires de dimensions égales qui servent d’équerre de direction; à chacune des branches est suspendu un fil à plomb appelé perpendicula.
Ce dispositif est fixé sur un bras de recherche métallique qui le relie à un long pied servant à la mise en station. Suivant la consistance du terrain, le pied muni d’une pointe à son extrémité inférieure peut être fiché en terre; mais si le sol est trop dur ou trop instable, on peut avoir recours à un trépied métallique pour stabiliser le tout. Il existait un 5ème fil à plomb positionné sous l’axe reliant la croix à 4 branches au bras de recherche mais il ne servait qu’à la mise en station de l’appareil à la verticale d’une borne de cadastration, puis ce fil était retiré car il devenait gênant pour les opérations de visée. (Source : Legion VIII Augusta, https://leg8.fr/ )
La groma permettait d'établir des plans orthonormés des villes, des camps militaires et des limites de parcelles d'une centuriation.
L'instrument était souvent utilisé en association avec le chorobate, lorsque le terrain était accidenté. Tous deux étaient donc destinés aux travaux d'arpentage, de visées orthogonales et de nivellement.
Restitution graphique de la groma, par J.-P. Adam.
Note et bibliographie :
1° Je tiens à remercier Mme Sylvie Collignon, archéologue à l'asbl Arch-Hab, pour sa présentation des différents instruments utilisés par les Romains, lors de la fête ''Veni Vidi Orolaunum''.
- Jean-Pierre Adam, Groma et Chorobate, Exercices de topographie antique, dans Mélanges de l'école française de Rome, 1982, pp. 1023-1029.
- Jean-Pierre Adam, La Construction romaine : matériaux et techniques, Paris, Picard, coll. « Grands manuels Picard », 1984, 367 p.
- Vitruve, De Architectura, dix livres traduits en plusieurs langues et édités par plusieurs éditeurs.
Ph. Laval
mardi 23 juillet 2024
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