Présentation

Même si l'Antiquité romaine fut une période rude et souvent implacable pour beaucoup d'êtres humains, nous ne pouvons nier que dans de nombreux domaines la civilisation romaine fut innovante et même fascinante. Si Rome a conquis nos terres à la force du glaive pour imposer ensuite son pouvoir sous la férule des légions et de son administration centralisée, elle nous a aussi légué sa culture et, pour ce qui nous intéresse dans ce blog, son savoir-faire en matière d'urbanisme, d'architecture et de construction. C'est précisément ce domaine des habitations romaines typiques des campagnes, les villae, que je vous invite à découvrir ensemble.

vendredi 10 juin 2022

La villa romaine du Gurtelbach à l'ère du numérique

Les Journées Européennes de l'Archéologie des 17, 18 et 19 juin 2022 seront l'occasion, pour « La Villa – Musée et Sites Archéologiques de l'Alsace bossue » à Dehlingen, de faire découvrir en réalité augmentée les vestiges de la villa gallo-romaine du Gurtelbach, grâce à une tablette numérique.


Réalité augmentée avec une tablette


Le programme complet de ces Journées archéologiques est disponible sur le site internet du Centre d'interprétation du patrimoine « La Villa »1 et sur leur page Facebook.

Pour rappel

La villa gallo-romaine du Gurtelbach a été fouillée à la fin du XIXe siècle par Jean Ringel, le pasteur de Diemeringen. Après une période d'abandon, le site a été redécouvert lors de travaux agricoles, puis des fouilles y ont été entreprises à partir de 1993 par les archéologues de la Société de Recherche Archéologique de l'Alsace Bossue (SRAAB).


Vue générale de la villa









Vue partielle de la villa









La villa de taille moyenne est située en pleine campagne à 1 500 mètres du village de Dehlingen dans le Bas-Rhin. Comme de nombreux établissements ruraux antiques, elle se compose d'un important bâtiment résidentiel (pars urbana) doté d'une galerie en façade et de pièces chauffées par hypocaustes, ainsi que de plusieurs bâtiments annexes à vocation agricole et artisanale.

« C’est dans l’un de ces bâtiments annexes qu’ont été découvertes des gouttelettes de plomb et de bronze, des scories de fer situées autour d’un aménagement quadrangulaire composé de gros blocs de grès A. Parmi ces vestiges appartenant à une aire de travail des métaux, ont été découverts des flans, des bâtonnets et des monnaies ratées qui constituent les traces d’une activité de monnayage, datée d’après les productions et le contexte archéologique de la fin du IIIe siècle (fig. 2). En rapport avec ces artéfacts, notons encore la découverte, dans le bâtiment principal de la villa, d’un objet en plomb pouvant être interprété comme un poids monétaireB. »2


Monnaie radiée de Tetricus découverte dans la villa du Gurtelbach
 à Dehlingen et probablement produite dans l'atelier (cl. P. Nüsslein)


L'ensemble des vestiges mis au jour atteste d'une occupation allant de l'époque de la Tène finale (1er siècle av. J.-C.), jusqu'au début du Ve siècle, soit toute la période de la domination romaine en Gaule.

Une plateforme métallique a été aménagée sur place pour faciliter l'accès aux vestiges pour tout un chacun, et des panneaux didactiques vous expliqueront la fonction de chaque pièce de la villa, ainsi que les découvertes qui y ont été réalisées.


Visite guidée sur le site

Un jardin romain expérimental a été reconstitué à côté des vestiges, et la visite du Musée vous permettra de contempler les trouvailles mises au jour sur le site lors des différentes campagnes de fouilles.

Enfin, des stages d'archéologies sont organisés chaque été pour les jeunes et les amateurs adultes.


Campagne de fouille estivale


1. Lien du Centre d'interprétation « La Villa » : https://www.cip-lavilla.fr/

2. Extrait de : « Des ateliers monétaires dans les campagnes médiomatriques pendant l’Antiquité tardive : qui sont les fabricants de monnaies d’imitation de la vallée de la Sarre ? », Antonin Nüsslein, dans « HAL open science; HAL Id: hal-01852669 https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01852669 Submitted on 2 Aug 2018 ».

A) Lefranc 1996, 49-51.

B) Poids : 26,31 g (Pilon 2010, 320).

Les photos du site proviennent du Centre «La Villa – Musée et Sites Archéologiques de l'Alsace Bossue» que je remercie chaleureusement au passage.

Juin 2022

Ph. Laval

dimanche 28 novembre 2021

La villa d'Antone, au pays des Lémovices

Vase trouvé en 1936




Sur un plateau qui domine les vallées de la Briance et du Blanzou, face à Pierre Buffière, les vestiges gallo-romains de la Villa d'Antone émergent du passé au fur et à mesure de l'avancée des travaux entrepris par les bénévoles de l'Association Dupuytren Mémoire Vivante.

Ce site est né il y a 2000 ans au cours du premier siècle de l'ère chrétienne. Le pays vit alors dans la paix sous la dynastie des Antonins, c'est la PAX ROMANA qui va durer trois siècles.


Fouilles de 1931


Actuellement nous pouvons découvrir les vestiges de la Villa grâce au travail des bénévoles de l'association mais également par l'implication de la DRAC qui apporte son expertise, oriente et contrôle les travaux.


Vues du site en zone boisée


La Villa d' Antone est un très vaste domaine bâti.

Il comprend plusieurs parties :

1. Sur la partie dite “PARS RUSTICA, en haut du plateau, se trouvent les vestiges d'une enfilade de petites pièces ; là travaillaient et étaient logés les serviteurs. Des fragments de verres de cette époque y ont été trouvés, ils tendent à prouver l'existence d'ouvertures dotées de vitraux sinon de vitres. Dans le premier tiers bâti se situait une salle hypocauste pour produire de la chaleur.

2. La partie dite “PARS URBANA“, en dessous, était l'espace consacré à la vie des maîtres. Là étaient bâtis les thermes, il ne s'agissait pas de thermes publics, nombreux à cette époque mais de thermes privés destinés au propriétaire de la Villa. On y retrouvait une salle hypocauste, des vestiaires, une salle froide, une salle chaude et la partie piscine et bains. Autant d'équipements attestant de l'importance du Domaine.


Vue des fouilles









Après restauration












Le Nymphée aurait assuré le lien avec les dieux. C'était une construction circulaire, le centre était un bassin orné semble-t-il de marbre et de serpentine et surmonté de colonnes et de statues de nymphes.

Autour du bassin il y avait un second bassin en couronne orné lui aussi.

Il semblerait que les résidents se retrouvaient là pour discuter, faire leurs ablutions et obtenir la faveur des dieux par l'intermédiaire des nymphes.


Nymphée en cours de dégagement


La maîtrise de l'eau est aussi une des caractéristiques de la période gallo romaine, représentée encore de nos jours par de magnifiques ouvrages, le plus connu étant le Pont du Gard, mais la Villa d' Antone est à son niveau une excellente illustration de ce qu'était la gestion de l'eau dans l'habitat au quotidien.

Les sources étaient captées directement ou via des puits. Nous avons ici plusieurs exemples en particulier le puits rond près des thermes et le puits carré non loin du nymphée. L'eau était canalisée dans des aqueducs suffisamment hauts pour permettre à un homme d'y pénétrer pour en assurer l'entretien. Nous pouvons observer l'entrée d'une telle structure au centre du site.

Les eaux étaient aussi collectées par des caniveaux dallés et couverts. L'évacuation se faisait vers un grand égout réceptacle de toutes les eaux de la Villa.


Evacuation des eaux


Le MUR est un témoin du génie de ces bâtisseurs, long de 24 m, haut de 4 m, épais de plus 2 m à la base et de 1,80 m au sommet. Il est dans un remarquable état de conservation, en bien des endroits le mortier est intact, et depuis 2000 ans il soutient la terrasse sur laquelle a été édifiée la Villa d' Antone.


Le mur conservé

Texte et Lien : Association Dupuytren Mémoire Vivante

Mairie, 87360 Pierre-Buffière

Contact : Email : admv.antone@gmail.com

Site internet : www.as-dupuytren-mv.fr

dimanche 1 août 2021

Bonnes vacances ...

Je vous souhaite à tous et toutes de bonnes vacances et je salue les nombreux bénévoles qui profitent de cette période estivale pour consacrer leur temps et leur énergie à la sauvegarde du patrimoine.



Août 2021

Ph. Laval

mardi 1 juin 2021

Une villa en Armorique

 La villa gallo-romaine de Mané-Véchen

Si la Bretagne est bien connue pour son patrimoine mégalithique, elle recèle également quelques témoins intéressants issus de la période romaine.

Les vestiges de la villa gallo-romaine de Mané-Véchen, non loin de Plouhinec dans le Morbihan, constituent un exemple représentatif pour cette époque.



Résumé à partir de différentes sources :

Située sur un petit promontoire granitique au bord de la rive droite de l'estuaire de la ria d'Etel, à moins de deux kilomètres de l'Océan, cette villa maritime se trouvait en pays vénète ; tribu gauloise célèbre pour avoir combattu l'armée de Jules César lors d'une bataille navale au large de la presqu'île de Rhuys.

L'édifice, bâti dès la fin du second siècle après J.-C., aurait été abandonné vers la fin du IIIe siècle suite à un incendie. Il fut néanmoins réoccupé partiellement au tout début du IVe siècle, soit seulement un siècle d'occupation en tout !

Les découvertes réalisées lors des campagnes de fouilles successives laissent penser que la villa fut le siège d'un centre de négoce de produits maritimes (sel, garum, pêche et/ou commerce maritime ?).

Plusieurs dépôts monétaires importants mis au jour lors des fouilles semblent confirmer cette vocation commerciale.

Dépôts monétaires découverts, crédit : Musée de Bretagne à Rennes



Le site fut découvert en 1929 et une fouille de sauvetage fut entreprise en 1966 par G. Bernier en raison de l'érosion marine qui menaçait une partie des vestiges. Ensuite, le domaine fut acquis par l'Etat en 1972, après plusieurs campagnes de fouilles fructueuses réalisées au début des années 70, et pour éviter que les ruines ne disparaissent à tout jamais sous les coups des pelleteuses d'un projet de construction d'un lotissement.

Les dernières fouilles menées de 2000 à 2007 par l'archéologue Alain Provost ont permis de révéler l'ampleur et l'importance du site.

L'ensemble des vestiges, couvrant une superficie d'environ 3000 m2, est réparti sur trois ailes en forme de U autour d'une cour centrale avec en son centre un bassin hexagonal.

L'aile nord mesure 38 m sur 10, l'aile ouest 36 m sur 20 et l'aile sud fait 30 m sur 16, soit près de 1600 m2 de surface habitable. Les murs arasés sont maçonnés en petit appareil de moellons de granite local équarris. L'entrée, accessible par un porche, était située au sud.

La cour centrale mesure 27 m (axe nord-sud) sur 31 m (axe ouest-est), soit presque 840 m2.

Enfin, un petit bâtiment tout proche de la villa pourrait correspondre à un fanum privé.

Vue d'ensemble, crédit : journal « Ouest-France », Grégoire Laville, 17/12/17



Plusieurs locaux ont pu être identifiés, comme une bibliothèque ou une salle d'archives, de vastes salles de réception richement décorées, des bains, des pièces chauffées par hypocauste, des portiques, une tour de guet (?), une exèdre (salle dotée de sièges où l'on conversait) et un espace destiné à l'élevage et à la boucherie, en service vers la fin de l'existence de la villa. C'est là où a été retrouvé un haut-relief représentant Dionysos découvrant Ariane endormie sur l'île de Naxos.

Il est vraisemblable qu'il y ait eu une quatrième aile disparue sous l'effet de l'érosion marine et de l'exploitation d'une petite carrière située à l'est du site.

Haut-relief trouvé au milieu d'ossements dans la boucherie de la villa



En plus des différents dépôts monétaires, constitués de deniers et d'antoniniens antérieurs à l'année 282 et rassemblant quelque 22000 monnaies, le site a livré de remarquables enduits peints, dont une représentation d'un buste de Vénus, des animaux et des personnages grandeur nature. On y a également mis au jour des stucs, des éléments architecturaux, une balance en bronze, des outils en fer, des céramiques intactes et fragmentaires ainsi que le haut-relief de Dionysos et des éléments de statues.

Le nom du propriétaire de la villa aurait même été identifié par une inscription conservée au Musée de Bretagne.

Le domaine est classé comme site archéologique depuis mai 2010, mais il peut être visité moyennant une petite contribution.

(Le dessin au début du texte provient du site "Les Amis de l'Art Contemporain du Musée de 56000 Vannes, France").

Renseignements: https://www.plouhinec.com/decouvrir/visites-activites/mane-vechen.html

Vidéo :


Juin 2021

Ph. Laval